Pia Colombo interprète une chanson de Maurice Fanon en 1965
Je me souviens
D'un soir de mai
Pas bien longtemps
Que j'avais mis
Mes chaussons dans les tiens
Et ton lit dans le mien
Un soir de mai
Déjà couchés
Fini d'aimer
Et dans tes bras
Comme une herbe mouillée
Je me balançais
Deux messieurs
Sont entrés dans la chambre
Deux messieurs
Le chapeau de travers
Deux messieurs
Sans frapper ils entrèrent
La botte la première
La police et son clerc
Deux messieurs
Je crois qu'ils te frappèrent
Et sur tes lèvres
Le dernier baiser
Que tu m'as fait
Sans m'embrasser
les menottes aux mains
et tes yeux dans les miens
Et dans mon cœur
Ce sourire en pleurs
Que tu avais
Quand ils t'ont emmené
Comme un drap trop mouillé
qui se balançait
Des messieurs
Sont entrés dans la danse
Des messieurs
Le regard de travers
Des messieurs
Le robe et la rapière
La croix et la bannière
La sentence et son clerc
Des messieurs
Je crois qu'ils te tuèrent
Si tu en reviens
Oh ! Je te le promets
Je te ferai
Un très beau soir de mai
Mes chaussons dans les tiens
Et ton lit dans le mien
Un soir de mai
Déjà couchés
Fini d'aimer
Et dans tes bras
Comme une herbe mouillée
Je me balancerai.
A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d'avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé,
Plein de rires, plein d'oiseaux bleus
Soudain griffé d'un coup de feu
Un monde neuf où sur un corps
qui va tomber
Grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés
Les pieds au chaud, sous leur bureau
En calculant le rendement
De la guerre qu'ils ont voulue
A tous les gras tous les cocus
Qui ventripotent dans la vie
Et comptent et comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai
Le monument qui leur convient
Avec la schlague, avec le fouet
Avec mes pieds avec mes poings
Avec des mots qui colleront
Sur leurs faux-plis sur leurs bajoues
Des larmes de honte et de boue.