Culture

Vendredi 25 mai 2007 5 25 /05 /2007 11:05
Actes Sud publie la suite du Journal de Henry Bauchau. "Le présent d'incertitude" fait suite à "Passage de la bonne graine" (Actes Sud, 2002). Il accompagne les années 2002 à 2005 qui sont celles du roman "L'enfant bleu" (2004) et de la préparation du recueil de poêmes "Nous ne sommes pas séparés". (Actes Sud, 2006). 

Un site sur l'oeuvre de Henry Bauchau
http://bauchau.fltr.ucl.ac.be/

Le présent d'incertitude : journal 2002-2005 - Bauchau, Henry

Le présent d'incertitude : journal 2002-2005

 

23.00EUR

 

"Je suis un homme parmi des milliards d'hommes,
en communion peut-être avec d'autres artistes qui
ressentent en cet instant la même paix, la même
beauté, la même douleur sourde, l'incomplétude
qu'ils ont décidé de transformer en travail. Ce que
je comprends depuis peu, le travail importe plus
que l'oeuvre achevée."

H. B.

Parce qu'il est le lieu où se reflètent l'élaboration
de l'oeuvre mais aussi son contexte, parce qu'il
est également, dans les moments d'épreuve, le
moyen de reprendre pied dans l'écriture, le Journal
constitue un jalon privilégié dans la vie intérieure
de Henry Bauchau.

Par la chronologie, ce volume fait suite à Passage
de la Bonne-Graine (Actes Sud, 2002). Il accompagne
les années 2002 à 2005, qui sont notamment
celles du roman L'Enfant bleu (Actes Sud, 2004)
et du recueil de poèmes alors en préparation, Nous
ne sommes pas séparés (Actes Sud, 2006).

Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 313 p.
Format : Broché 22 x 12 cm
Parution : 02/04/2007

 

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Samedi 26 mai 2007 6 26 /05 /2007 15:21
 
Claire Julliard
BORIS VIAN
FOLIO BIOGRAPHIES 384 pages, 16 ill. - 6,60 €
 
« Dans la vie, l'essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d'en déduire des règles de conduite  ; elles ne doivent pas avoir besoin d'être formulées pour qu'on les suive. Il y a seulement deux choses : c'est l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de La Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. »
Ingénieur, trompettiste de jazz, acteur, chanteur, parolier, pasticheur de romans noirs américains, critique, auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, Boris Vian (1920-1959) ne fut jamais reconnu de son vivant pour ce qu'il était avant tout : un grand romancier au style exubérant, mêlant l'absurde à l'émotion, le paradoxe à la fantaisie. Auteur blessé de
L'Écume des jours, il meurt à trente-neuf ans, le 23 juin 1959.
 
BORIS VIAN [2007], 384 pages + 8 p. hors texte, 16 ill., sous couv. ill., 108 x 178 mm. Collection Folio biographies (No 21), Gallimard -bio. ISBN 9782070319633.
Parution : 15-02-2007.
 
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Samedi 2 juin 2007 6 02 /06 /2007 18:16
Un poême de Pierre de Ronsard, écrit en 1573, sur le souci du jardin (calendula), avec une dédicace au Sieur Cherouvrier, excellent musicien.

 Le souci. Au sieur Cherouvrier

sur BNF Gallica

> http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k27780g.table   pages 110 à 112

> fac-similé de l'ouvrage

sur Les Bibliothèques Virtuelles Humanistes (Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance de Tours

> http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=159&index=647&numtable=cesr_6002&mode=1

Souci
Calendula officinalis
Souci, Calendula officinalis
Famille : Astéracées
Origine : Europe
Période de floraison : d'avril aux gelées
Couleur des fleurs : jaune, orange, brun
Exposition : soleil, mi-ombre
Type de sol : ordinaire
Acidité du sol : neutre
Humidité du sol : normal
Utilisation : bordure, massif, rocaille
Hauteur : 60 cm
Type de plante : fleur
Type de végétation : annuel
Type de feuillage : caduc
Rusticité : gélif
Plantation, rempotage : printemps
Méthode de multiplication : semis en place en avril
Taille : -
Espèces, variétés intéressantes :
- Calendula officinalis 'Baby orange' aux fleurs doubles
Maladies et insectes nuisibles : l'oïdium
Toxicité : -

Comme la capucine ou l'oeillet d'inde, le souci est annuel. Il fleurit allégement tout l'été et sa floraison peut débuter dès le mois d'avril et s'étaler jusqu'au début décembre !

Elle possède des vertus médicinale, et ses jeunes feuilles peuvent être dégustées en salade. N'hésitez pas, étonnez en utilisant ses fleurs pour décorer vos plats de salade.

A l'inverse de la capucine, le souci repousse de nombreux insectes, réservez-lui une place au potager qu'il viendra par la même occasion égayer.

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Dimanche 3 juin 2007 7 03 /06 /2007 09:10
 

En toute période décevante, déroutante le recours à la poésie peut calmer les déceptions et permettre d'attendre des jours meilleurs.
La conclusion de l'introduction à la thèse de Véronique Denizot sur le jeune Ronsard prend sens dans le contexte politique actuel de la France. 
Au lieu de se lamenter ou de tenter de faire entendre une musique qui ne pourra être écoutée que dans quelques temps, un détour par la Renaissance parait recommandable.

"La contradiction s’accuse de plus en plus entre un monde décevant et le rêve persistant de la louange admirative. Le déchirement du poète se décèle, par exemple, dans l’inspiration très variée des Poëmes, tantôt mélancoliques, tantôt joyeux ; mais surtout il travaille de l’intérieur ses œuvres. Ainsi, les Discours, nés des conflits avec les Protestants, bien que polémiques et empêtrés dans une histoire quotidienne sordide, ne peuvent renoncer à l’idéal héroïque de la gloire. La Franciade en revanche, épopée glorieuse, résiste assez mal aux lézardes du désenchantement. C’est alors dans la fantaisie de la poésie que Ronsard se réfugie. Maître de tous les styles et de tous les tons, il offre son œuvre comme un monde divers et prodigue où chacun saura trouver un plaisir à son goût. La déception causée par le monde est sinon comblée, du moins oubliée, dans la diversité intarissable de sa poésie. "


Comme un soucy aux rayons du soleil. Le jeune Ronsard : une poétique de la merveille ? [1]

Véronique Denizot


 

1

Sous l’angle de l’émerveillement, c’est la poétique de Ronsard que ma thèse se propose d’étudier. Son œuvre obéit en effet à une logique de l’admiration : divinement étonné et inspiré par ce qui l’entoure, le poète espère à son tour émerveiller ses lecteurs grâce à la beauté inouïe de son œuvre. La poétique de la merveille, c’est à la fois celle qui sait déceler les objets admirables du monde pour les célébrer, et celle qui fait, selon l’expression de Ronsard lui-même, dresser les cheveux sur la tête d’admiration et de stupéfaction sous l’effet de ses procédés.

2

Mon étude porte principalement sur les premières publications du poète. Plus précisément, j’ai retenu les années 1550-1556, durant lesquelles paraissent, entre autres, les cinq livres des Odes, les premiers recueils amoureux et les deux livres des Hymnes. Cette période correspond à l’effervescence des débuts et à la composition de grands recueils monumentaux, avant que les troubles politiques et religieux ne perturbent la belle assurance de Ronsard, homme et poète, et qu’il n’ait à repenser profondément son projet poétique. Les années de genèse du poète sont en effet intéressantes à plus d’un titre : on y saisit, dans toute leur fraîcheur enthousiaste, les prétentions de la jeune Pléiade à réinventer la poésie française, on décèle sous des formulations franches et ambitieuses l’intentionnalité du poète triomphant, on perçoit dans chacune de ses publications un élément fondateur pour établir le renouveau. La charge d’étonnement et d’admiration qu’elles veulent provoquer est très forte, car l’émotion et la surprise sont les armes de Ronsard dans son combat contre les forces de l’ignorance et de la tradition. Ses deux ennemis sont la foule ignare et la routine culturelle, qu’il confond à plus d’un titre, parce qu’elles s’en tiennent au déjà connu et répètent du déjà dit. L’homme de bien se caractérise au contraire par sa capacité de sursaut : révolte et indignation devant l’obscurantisme mauvais ou admiration joyeuse et reconnaissante face à la beauté novatrice.

3

L’admiration est ainsi une notion clef dans l’élaboration de l’attitude poétique de Ronsard : elle est la pierre d’angle du triple rapport que le poète établit avec le monde, les mots et les lecteurs. A l’univers qui fait de lui un être merveilleux en lui insufflant l’inspiration poétique, Ronsard répond en célébrant dignement ses merveilles. Et ses poèmes surprenants renouvellent le regard que le lecteur porte sur les hommes et les choses, dont il ne percevait pas, ou plus, la beauté et le mérite. Comme passeur inspiré, Ronsard retire, pour ses créations, une part de gloire, et ne cache pas que l’espoir de briller aux yeux des hommes redouble son désir d’écrire et son talent. La complicité est parfaite entre ces trois termes qui trouvent leur inspiration dans la contemplation des deux autres et qui sont, chacun, révélé dans sa gloire par le regard émerveillé que ces deux autres portent sur lui. En effet, la notion de merveille implique toujours une relation. L’être merveilleux n’existe pas en soi, mais il naît d’un regard subjectif et ému. C’est pourquoi j’ai choisi l’image de la fleur du souci, qui tourne en suivant les rayons du soleil, pour illustrer la poétique de la merveille. Ronsard, qui l’utilise souvent, semble lui-même la trouver représentative. Elle exprime le travail douloureux du poète et sa métamorphose en fleur dorée de poésie.

4

C’est l’amour du soleil qui confère à la fleur une forme, une couleur et un mouvement similaire à celui-ci. Ainsi, le poète admiratif devant la beauté du monde conçoit sa poésie comme un petit cosmos animé, grâce à son désir, du même mouvement de vie. Comme le souci, symbole poétique de l’ordre du monde, le poète veut représenter tout l’univers. Cette image rappelle que la vocation poétique est d’abord une manière de sentir et de percevoir, et non une habileté technique à composer des vers. Le vrai poète et le bon lecteur sont ouverts à l’émotion et à l’admiration ; ils laissent s’imprimer en eux les sentiments et les sensations de l’émerveillement. Ronsard fuit l’immobilisme de l’écriture et porte une grande attention aux procédés susceptibles d’animer le texte et le lecteur. De plus le soleil, figure contradictoire de l’unique et de l’absolu, illustre le paradoxe qui fonde la merveille. Sa singularité inimitable en fait une image de la perfection universelle. C’est ainsi que Ronsard se fie à l’originalité irréductible de sa parole pour composer une œuvre parfaite et totale. Et pour le poème, comme pour la fleur héliotropique, le miracle naît de la disproportion entre les moyens et la fin. Ce qui force l’admiration, c’est moins la ressemblance en soi, que la prouesse de la fleur qui a fait siennes les qualités solaires pour donner naissance à un miracle de la nature. L’imitation poétique ne conduit jamais à la répétition, au déjà vu ou au déjà dit, mais elle permet de briller de feux redoublés, puisqu’elle enrichit l’œuvre nouvelle du prestige d’une matière plus ancienne. La fragilité de la fleur passagère, dont la fantaisie est de rejoindre le soleil, signifie le caractère dérisoire des mots pour embrasser l’univers. Leur succès à tous les deux est certain : le souci et le poète donnent chacun naissance à un résultat étonnant, qui va bien au delà de l’imitation, mais relève de l’invention créative.

5

*

6

« Merveille » et « émerveillement » : c’est à la lumière de ces termes polysémiques, et entraînant derrière eux la cohorte des admirations, étonnements, monstres, prodiges et magnificences, que j’ai lu l’œuvre de Ronsard. Une étude lexicologique, théorique et historique de ces termes s’imposait, à laquelle j’ai consacré mon prologue. En effet, il fallait tout d’abord cadrer la terminologie, ou plutôt mettre en évidence son foisonnement et ses interactions avec la poésie. J’ai complété cette étude lexicologique par un rapide tour d’horizon contextuel, moins exhaustif que problématique : face à l’impossibilité flagrante de saisir cette notion-Protée pour l’ensemble de l’époque étudiée, j’ai fait quelques études de détail sur des textes théoriques humanistes et sur des poètes français qui ont précédé les premières publications de Ronsard. Ceci m’a permis de dégager des questions et des notions utiles pour comprendre son œuvre.

7

La Renaissance hérite de théories poétiques et philosophiques qu’elle redécouvre avec une curiosité enthousiaste et à partir desquels elle forge ses propres conceptions. La piste s’est vite dédoublée, grâce à Aristote, entre d’une part l’étonnement philosophique primordial de l’homme devant les choses, et d’autre part la longue histoire d’une rhétorique de la louange admirative. Les théories du philosophe et rhétoricien grec sont connues à la Renaissance et servent à cautionner ou inventer des pratiques modernes. C’est ainsi qu’on trouve, dans des traités humanistes, une double préoccupation éthique et esthétique concernant l’émerveillement. La recherche du beau en soi est difficilement dissociable du souci moral de promouvoir les vertus en suscitant l’admiration à leur égard. La gratuité de l’émerveillement ne va pas de soi. Le statut de la poésie à la Renaissance, sœur de la rhétorique, mais dotée aussi de vertus propres pour dire des vérités profondes et restées cachées au langage ordinaire, invitait à explorer ces deux traditions de l’éloge et de la connaissance. Le langage poétique favorise en effet les confusions entre la connaissance et la contemplation. La phase d’observation étonnée qui prélude normalement à la science se distingue mal, dans ce cas, de la constatation que le monde est beau. Et c’est ainsi que l’admiration sous-tend le rapport qui existe entre la morale et la science d’une part, et l’esthétique de l’autre.

8

J’ai complété ce prologue par une étude du contexte poétique. Il s’agissait de trouver ce qui, chez les prédécesseurs de Ronsard, avait pu lui plaire et l’influencer, quoi qu’il en dise, et a contrario, noter ce qui semblait absolument neuf dans sa poésie. Je n’ai pas entrepris une véritable lecture comparative qui rende justice à ces auteurs, mais j’ai voulu explorer la façon dont certains ont pu concevoir le rôle de l’émerveillement dans leur poétique, avant Ronsard : Clément Marot, par exemple, dont la poésie apparaît résolument étrangère à celle de notre auteur. C’est aussi largement le cas de celle du jeune Du Bellay, dont L’Olive obéit à un type d’inspiration très différent de celui de Ronsard. Maurice Scève en revanche, semble plus proche de lui, dans sa recherche héroïque d’une beauté idéale.

9

Il apparaît finalement que si Ronsard a pu trouver, dans les textes humanistes, des fondements solides pour étayer son idéal de grandeur d’une poésie digne d’admiration, la manière de susciter l’émerveillement ne lui a pas été dictée, ni même suggérée, mais relève bien, d’une manière générale, de sa propre interprétation des choses et de son génie singulier.

10

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11

Dans la première partie, j’ai étudié le corpus genre par genre, de manière chronologique, pour ressaisir le mouvement de composition des œuvres. Cette partie, consacrée successivement à l’ode, au sonnet et à l’hymne, a voulu mettre à jour l’originalité des formes et des thématiques propres à chaque recueil, tout en soulignant l’unité d’inspiration du poète, héroïque et élevée, et les échos d’un projet cohérent au fil des années. Il me semblait notamment important d’étudier les points communs entre les Odes et Les Amours de Cassandre, souvent mis en sourdine à cause de leur séparation dans les publications postérieures des Œuvres complètes.

12

Sur les trois genres auxquels s’essaie Ronsard dans sa jeunesse, deux sont totalement neufs en France. Le poète accompagne la publication des Odes d’une préface qui porte aux nues cette invention. Quant aux Hymnes, ils paraissent à un moment où la nouvelle esthétique est mieux connue et appréciée ; ils ne bénéficient pas de ce type de mise en scène, mais leur composition même fait figure d’événement. La charge novatrice de ces œuvres est donc très forte.

13

Dans la section consacrée aux Odes, j’ai centré mon étude sur l’imitation de Pindare. L’audace du jeune poète éclate dans le choix de ce modèle réputé inimitable. Il adopte ainsi une posture héroïque qui le met en consonance avec les dédicataires dont il fait l’éloge. A Pindare, il emprunte l’étrangeté de la forme et de la manière, l’érudition mythologique et l’obscurité furieuse, si bien qu’il se pare, grâce à son antécédent, du nimbe glorieux de la poésie inspirée et sacrée des origines. Il ne renonce pas à la tonalité grave et élevée dans Les Amours de Cassandre, publiés deux ans plus tard. Ronsard retravaille les procédés pétrarquistes dans une veine à la fois épique et sensuelle. Son insertion dans un genre à la mode évite les mièvreries exagérées de la mignardise et les idéalisations d’un néoplatonisme trop éthéré. Mais il fait de la dame adorée une merveille, réellement incarnée dans des portraits « énargiques » et sublimes que lui peint sa passion admirative. Enfin, Les Hymnes posent la question du projet didactique de Ronsard. Loin de prétendre expliquer les grands mystères qui gouvernent l’univers, il décrit, dans ses poèmes, quelques perles choisies parmi ces mirabilia. La diversité de son inspiration et de ses sujets ne se résout pas dans une vision encyclopédique raisonnée du monde, mais présente une collection éclectique d’objets offerts à l’étonnement du lecteur.

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Ainsi, sous l’unité d’une inspiration sublime, chaque genre véhicule un imaginaire de représentation qui lui est propre et appuie sa légitimité sur des mises en scènes particulières. Les divers objets auxquels s’attache successivement le poète deviennent, sous sa plume, des merveilles pour le lecteur. De plus, les genres que choisit Ronsard ne sont pas nés de rien : il s’inspire au contraire de pratiques codifiées et retravaille des modèles anciens ou modernes. C’est ainsi que d’ores et déjà, la création des merveilles naît autant d’un travail sur les choses que d’une admiration réflexive sur le pouvoir et la beauté des mots.

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La seconde partie est consacrée aux rapports établis par le poète avec le lecteur. Ronsard est très sensible aux conditions de réception de son œuvre. Il joue à l’effet de présence, au face-à-face devant l’objet célébré ; et il tente de créer une relation subjective qu’il veut personnelle avec son anonyme lecteur. L’étude, plus transversale que dans la première partie, porte sur tout ce qui, dans la poésie, brise la linéarité raisonnable de la lecture en métamorphosant la parole, pour créer un effet étrange et admirable. Ainsi, dans les Odes et Les Amours de Cassandre, Ronsard assimile sa parole à une flèche ou au mouvement d’une aile, allié à la douceur de la plume. Par ces métaphores, essentiellement inspirées de Pindare et d’Horace, il insiste sur l’efficacité pointue et percutante de sa poésie, sans renoncer à l’ampleur du vol du cygne horatien. Les deux images métatextuelles se conjuguent dans les sonnets amoureux, grâce à la figure d’Amour Archer. Elles introduisent aussi, par l’idéal de vivacité qu’elles véhiculent, à une esthétique de la brièveté. Ronsard conçoit la juste parole efficace comme un éclair éblouissant qui subjugue ; grâce aux formes brèves de l’ode et du sonnet, mais aussi grâce à des images métatextuelles, il célèbre l’à propos de ses vers et fait de chacun un événement fugitif et parfait. Ce type d’écriture trouve une justification dans les sonnets consacrés à Cassandre, par son analogie avec l’expérience du coup de foudre amoureux. Le poète refuse la seule compréhension rationnelle du langage et veut provoquer un choc chez le lecteur, pour le conduire à une reconnaissance plus spontanée et profonde de la beauté et de la vérité de ses propos.

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C’est aussi la raison pour laquelle il compare la poésie à la musique, qui évite également le détour par la raison et s’adresse directement aux affects de l’auditeur. Les métaphores musicales sont très fréquentes chez Ronsard, et sont liées à une réflexion sur la langue et sur les pouvoirs de l’harmonie. Sa conception de la poésie, largement fondée sur la prise en compte des valeurs « naturelles » des sonorités, renouvelle profondément les théories de la fin du Moyen-Age, et notamment celles des Grands Rhétoriqueurs, qui bâtissaient leurs œuvres comme des jeux de composition et des prodiges d’artifices. Ronsard espère au contraire étonner, en retrouvant dans ses vers « l’admirable inconstance naturelle » au moyen d’une langue neuve, réconciliée avec ses qualités musicales originelles.

18

C’est à la peinture, discipline sœur de la musique, que j’ai consacré la fin de cette partie. Dans ses descriptions aussi, et grâce au procédé de l’enargeia, Ronsard entend aller plus vite que les mots, et susciter chez son lecteur la surprise admirative provoquée par un tableau que l’on met sous les yeux. Le modèle de Ronsard, comme de toute la Renaissance, est la poésie d’Homère dont la lecture ne lasse jamais, et qui procure un plaisir toujours renouvelé, à chaque fois que l’on réveille l’énergie contenue dans ses vers par une lecture vive et admirative. Ronsard fonde ses tableaux sur l’harmonie imitative, en lien avec la musicalité des vers, et sur l’insertion de détails nombreux ; dans une logique maniériste, il semble considérer que l’amplification des descriptions embellit l’objet et donc la description poétique. Enfin, selon une habitude déjà repérée, il réfléchit métatextuellement à sa création et représente, par des descriptions « énargiques », ses propres pouvoirs d’artiste. Dans le même temps, Ronsard expérimente les capacités illusoires du langage ; il sait que les descriptions ne donnent jamais naissance qu’à des fantômes, dans l’imagination des lecteurs. Et souvent, chez lui, elles n’imitent pas vraiment la réalité, mais permettent l’évocation de tout ce qu’on ne peut pas voir et qui semble impossible, c’est-à-dire les conceptions fantaisistes de l’esprit. De cette manière, le poète engendre à nouveau la surprise émerveillée, en révélant des mondes invisibles aux yeux.

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20

La troisième partie explore la façon dont le poète perçoit les complexités du monde et les peint. Elle interroge plus précisément le projet didactique de la poésie. En effet, la noblesse de cette dernière repose depuis toujours sur ses prétentions à dévoiler des vérités cachées et profondes. Cette ambition philosophique et encyclopédique, Ronsard la porte au plus haut degré. Mais dans le même temps, il est très conscient de la spécificité de la poésie : le poète n’imite pas la réalité pour la rendre cohérente, mais il veut redoubler le plaisir surpris qu’elle suscite chez les esprits ouverts. Il espère donc retranscrire le merveilleux dans ses vers. Le sentiment d’admiration, fondement de la poésie, l’emporte finalement sur la volonté de persuader. Dès lors, le rapport à la vérité des choses n’est plus de l’ordre de la raison et de l’explication, mais dans la plongée audacieuse au cœur des mystères et des contradictions du réel. Il ne s’agit pas tant, pour le poète, de révéler une vérité, que d’explorer toutes les potentialités contenues dans un objet. L’aspect didascalique ne se distingue pas du merveilleux de la révélation inspirée. L’étrangeté de ce projet poétique, Ronsard choisit de l’illustrer par des figures divines emblématiques qui patronnent son projet. C’est tout d’abord les Muses qui, dans l’Ode à Michel de l’Hospital, signifient le désir curieux du poète ; elles laissent la place, dans Les Hymnes, à une série de dieux « médiateurs » entre le ciel et la terre : Bacchus, Hercule et plus tard Mercure. A travers ces figures, c’est la liberté souveraine de sa quête et de sa création que Ronsard célèbre, délivrées de leur sujétion à la rationalité du réel.

21

D’ailleurs la réalité elle-même échappe à la raison pour le poète qui explore l’étrangeté de l’univers et la double face des choses ; il ne renonce pas à sa fonction didactique, mais choisit d’enseigner en provoquant l’étonnement. Pour cela, il pratique l’art du paradoxe qui pose des contradictions au lieu de les résoudre. De cette manière, Ronsard dépeint un monde versatile et complexe, à la mesure de l’homme. De la brève sentence, piquante et inattendue, aux développements fastueux de certains hymnes paradoxaux, il travaille toute la gamme des étonnements provoqués par l’ambiguïté du langage et des choses.

22

La complexité de la réalité apparaît également dans les fables, qui voilent et dévoilent les mystères de l’univers. Le mensonge, exhibé sans scrupules, est mis au service d’une vérité supérieure inaccessible à la raison. Les emplois qu’en fait Ronsard sont nombreux dans les trois recueils étudiés. Souvent, les fables ne délivrent pas de sens allégorique évident ; mais comme les paradoxes, elles invitent à la quête du sens un lecteur dérouté. C’est comme si devait répondre, au plaisir de composition du poète, le plaisir d’interprétation du lecteur. Finalement, c’est toujours l’hameçon de l’étonnement qui produit l’intérêt et fait la richesse de la lecture. Au-delà de leur traditionnelle fonction proprement didactique et morale, Ronsard fait une large place, dans ses récits, à l’imagination débridée. Ainsi, il fait droit à la fantaisie, consciente ou non, qui régit notre rapport au monde. Le suspens de l’intrigue et la beauté des histoires confisquent à leur profit l’étonnement herméneutique, et ouvrent une voie à la gratuité si problématique du plaisir littéraire.

23

*

24

De façon moins systématique, l’épilogue éprouve les permanences et les transformations de la poétique de l’émerveillement après 1556, et notamment à travers les trois grands genres nouveaux que pratique Ronsard dans Les Poëmes, Les Discours et La Franciade. Très différents puisque Les Discours, polémiques et conjoncturels, relèvent largement des genres délibératif et judiciaire, que Les Poëmes couvrent des domaines et tonalités variés, alors que La Franciade veut illustrer l’éloge suprême de l’épique, ils nous ont servi de révélateurs des constances de Ronsard et des impasses où il est entré dans sa quête de l’inconditionnelle louange totalisatrice.

25

La contradiction s’accuse de plus en plus entre un monde décevant et le rêve persistant de la louange admirative. Le déchirement du poète se décèle, par exemple, dans l’inspiration très variée des Poëmes, tantôt mélancoliques, tantôt joyeux ; mais surtout il travaille de l’intérieur ses œuvres. Ainsi, les Discours, nés des conflits avec les Protestants, bien que polémiques et empêtrés dans une histoire quotidienne sordide, ne peuvent renoncer à l’idéal héroïque de la gloire. La Franciade en revanche, épopée glorieuse, résiste assez mal aux lézardes du désenchantement. C’est alors dans la fantaisie de la poésie que Ronsard se réfugie. Maître de tous les styles et de tous les tons, il offre son œuvre comme un monde divers et prodigue où chacun saura trouver un plaisir à son goût. La déception causée par le monde est sinon comblée, du moins oubliée, dans la diversité intarissable de sa poésie.

Notes

[1]

Thèse de doctorat de l’Université de Paris X-Nanterre, préparée sous la direction de Madame Isabelle Pantin.

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Mercredi 18 juillet 2007 3 18 /07 /2007 09:19

L'encyclopédie WIKIPEDIA propose un article sur son site traitant de la Franc-Maçonnerie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc-ma%C3%A7onnerie

 

Voici la présentation et la table des matières

La Franc-maçonnerie est une forme d'organisation associative, qui recrute ses membres par cooptation et pratique des rituels initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l'art de bâtir.

Apparue en Écosse[1] puis en Angleterre au XVIIe siècle, elle se décrit, suivant les époques, les pays et les formes, comme une « association essentiellement philosophique et philanthropique », comme un « système de morale illustré par des symboles » ou comme un « ordre initiatique ». Organisée en obédiences depuis 1717 à Londres, la franc-maçonnerie dite spéculative - c'est à dire philosophique[2] - fait référence aux Anciens Devoirs de la maçonnerie dite opérative formée par les corporations de bâtisseurs qui édifièrent, entre autres, les cathédrales.

Elle prodigue un enseignement ésotérique, adogmatique et progressif à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'Humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots [3]. La bienfaisance est l'un de ses moyens d'action[4]. Sa vocation se veut universelle[5] bien que ses pratiques et ses modes d'organisation soient extrêmements variables selon les pays et les époques[6]. Elle réunit, dans de nombreux pays répartis sur toute la surface du globe, des personnes qui se sont donné pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

Elle s'est structurée au fil des siècles autour d'un grand nombre de rites et de traditions, ce qui a entraîné la création d'une multitude d'obédiences qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles.

Une discipline de réflexion porte sur elle : la maçonnologie.

Sommaire

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Samedi 21 juillet 2007 6 21 /07 /2007 08:59
Vu et entendu sur le site du Drapeau rouge
http://drapeaurouge.free.fr/

Les mains blanches

    Paroles de Montéhus et musique de R. Chantegrelet. Une chanson d'une brulante actualité !

 
Les mains blanches au format MIDI musique 
 


Voyez donc cet aristocrate,
Pâle gommeux qui fait des épates,
Il passe sa vie à nocer,
A vingt ans c'est déjà cassé.
Comme une femme ça a des faiblesses,
Ca veut jouer à l'ancienne noblesse,
Incapable de gagner son pain,
Voilà le type du vrai gandin.

Refrain
Il a les mains blanches,
Les mains maquillées,
Il a les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent la paresse, c'est mou, c'est gnan-gnan,
Voilà c'qu'on appelle des mains de feignant !

Voyez donc ces hommes en soutane,
Soi-disant sur eux l'Bon Dieu plane,
Ils prônent Moïse et Jésus-Christ,
Mais font l'contraire de leurs écrits.
Oui Moïse était un apôtre,
Jésus-Christ mourut pour les autres,
Tandis qu'vous, prêtr's, pasteurs, rabbins,
Votre but, c'est l'or, le butin !

Refrain
Ils ont les mains blanches,
Les mains maquillées,
Ils ont les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent le tartuffe, l'avare, le gripp'sous
Voilà c'squ'on appelle des mains de filou !

Voyez donc ces hommes politiques,
Vrais paillasses à gueule tragique,
Qui pour aller au Parlement
Au peuple font du boniment :
J'vous promets les r'traites ouvrières,
J'vous promets la fin d'vos misères,
Ils se votent d'abord et comment !
Pour eux-mêmes quarante-et-un francs !

Refrain
Ils ont les mains blanches,
Les mains maquillées,
Ils ont les mains blanches,
Par la honte souillées.
Ca sent le roublard, ça sent le malin,
Voilà c'qu'on appelle un poil dans la main !

Voyez donc cette foule tapageuse,
Que'qu' fois gaie, souvent malheureuse,
Oui ce sont de brav'ouvriers,
C'est la masse des sacrifiés.
Ils reviennent du bagne de l'usine,
Ils sont pales, ils ont mauvaise mine,
Hommes et femmes, vrais gueux, meurt-de-faim
Qui engraissent un tas de coqins !

Refrain
Leurs mains n'sont pas blanches,
Ils ont travaillé,
Leurs mains n'sont pas blanches,
Elles sont meurtries, broyées.
Ca sent le courage, la force et l'honneur,
Voilà c'qu'on appelle des mains d'travailleurs !

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Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /2007 08:36
"A Short History of Tractors in Ukrainian" de Marina Lewycka :a été une des meilleures ventes de livres en Grande-Bretagne en 2006.
Son livre a été traduit en plusieurs langues : suédois, norvégien, allemand, italien, hollandais, espagnol... mais pas en français.
Elle vient de publier un nouveau livre "Two caravans".
Avec humour et tendresse, elle décrit les aventures de réfugiés des ex-pays de l'Est qui tentent de se faire une place au soleil dans l'Eldorado britannique et sont confrontés aux dures réalités du capitalisme débridé et aux mafieux de toutes origines.
Ses livres ne sont toujours pas traduits en français.
Pourquoi ?


Ci-dessous l'article mis en ligne sur WIKIPEDIA

Marina Lewycka

From Wikipedia, the free encyclopedia

 
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Marina Lewycka (born 1946, Kiel) is a British writer of Ukrainian origin long resident in Sheffield, England.

Lewycka was born in a refugee camp in Kiel, Germany after World War II. Her family then moved to England where she now lives. She was educated at Keele University and is now a lecturer in media studies at Sheffield Hallam University.[1]

Her debut novel A Short History of Tractors in Ukrainian won the Bollinger Everyman Wodehouse Prize at the Hay literary festival, the Waverton Good Read Award 2005/6 and was short-listed for the 2005 Orange Prize for Fiction.[2] It has been translated into a number of other languages, including Dutch, Norwegian, Italian, German and Swedish.

Her second novel Two Caravans was released in February 2007.[3]

In addition to her fiction, Lewycka has written a number of books giving practical advice for carers of elderly people, published by the charity Age Concern.

[edit] References

[edit] External links

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Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /2007 11:01
Pour donner envie de lire Marc-Alain Ouaknin auteur de "Lire aux éclats", "Bibliothérapie", "C'est pourquoi on aime les libellules"... et d'une Anthologie des blagues juives avec son épouse Dorothée, voici un texte repris sur un article de Psychologie.com de 1998.

Marc-Alain Ouaknin, rabbin-philosophe :
" Mes dix commandements "
Véritable “obsédé textuel”, le rabbin philosophe nous offre une lecture très personnelle des tables de la loi. Un exercice de style, traditionnel dans le judaïsme, dans lequel ce n’est pas tant l’interprétation qui compte que l’invitation à la réflexion.
 
 
emarquable exégète de la Torah (les cinq premiers livres de la Bible) et du Talmud (commentaires de la Torah), Le rabbin Marc-Alain Ouaknin est aussi philosophe, poète, professeur de littérature comparée à l’université de Bar-Ilan à Tel Aviv, amoureux de Kafka et de Bobin, " encyclopédiste " de blagues juives et amateur de concepts psychanalytiques.

Grand questionneur devant l’éternel, Marc-Alain Ouaknin préfère les interrogations aux réponses dogmatiques. Véritable " obsédé textuel ", il vient de prouver qu’il excellait aussi dans la transmission orale. Pour preuve, le succès du cycle de ses conférences sur les Dix Commandements données cette année à la synagogue Copernic, à Paris. L’exercice a une tradition : dans le judaïsme, bien lire les textes sacrés revient à les questionner sans jamais se contenter d’une explication univoque. " Un texte qu’on va étudier 101 fois n’est pas le même que celui qu’on étudiera 100 fois. "

Chacune de ses conférences est donc le fruit de plusieurs semaines de déchiffrement des textes et de confrontation de ses découvertes avec celles des philosophes et des psychanalystes Comme dans la tradition hassidique, les blagues juives remplissent ici une fonction très sérieuse : " Elles visent à dénouer l’inconscient et à provoquer une “fracture neuronale” dans les schémas de pensée figés pour enfin entendre une parole différente ", explique-t-il.

Voici quelques moments clefs de ces conférences hors normes qui n’ont qu’une visée : dynamiser notre réflexion.
I. “Je suis l’Eternel, ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage…”
D’emblée, le concept de liberté s’impose. " Si je suis à l’image de ce Dieu de libération, commente Ouaknin, je dois moi aussi produire de la liberté. Comment ? Par l’interprétation des textes, qui, loin d’être seulement une opération intellectuelle, permet justement d’inventer son histoire, de sortir de l’enfermement d’un destin, de ce qui est écrit. " Ce commandement est donc une invitation à être novateur dans l’action, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles formes de pensée notamment en abolissant les préjugés. " Il faut avoir la liberté d’inventer pour inventer la liberté ", écrit le Chrétien Paul Ricœur.
II. “ Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ”
Dieu, Elohim dans le texte original, signifie aussi en hébreu " institutions de justice ". " Ce que l’on considère ici comme du divin, note Ouaknin, est en rapport avec la justice. Autrement dit, Dieu ne s’atteint que par la relation juste, la relation éthique, c’est-à-dire la responsabilité et l’amour… Dieu ne s’atteint que par la relation aux autres hommes. Pour reprendre Emmanuel Lévinas, c’est " interdire à la relation métaphysique avec Dieu de s’accomplir dans l’ignorance des hommes et des choses ".
III. “ Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain”
Le verbe hébreu signifiant "prononcer" veut aussi dire "élever". Ce commandement peut ainsi se comprendre : "Tu n’élèveras pas le nom de Dieu si haut qu’il devienne vain. Une occasion de rappeler que Dieu ne doit pas être tenu loin des choses terrestres, consigné dans un Très-Haut inaccessible et perdant toute proximité avec les hommes. "Et ce sont notamment les institutions de justice qui permettent cette proximité, reprend Ouaknin. Nous sommes ramenés ici à la responsabilité, non pas de Dieu, mais des hommes. La question n’est donc pas de savoir où était Dieu pendant la Shoah, mais où étaient les hommes avec leurs institutions de justice et leurs règles morales."
IV. “ Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat ”
Traduction littérale : "Tu seras toujours en train de te souvenir de ce jour à venir." Ce commandement invite à une véritable éthique du futur. "A chaque moment de notre existence, explique Marc-Alain Ouaknin, il y a un espoir. Le Sabbat est ce jour de fin de semaine où l’on peut apprendre à regarder le monde de manière nouvelle, comme s’il apparaissait pour la première fois." Ecole du regard, de l’écoute, cette loi nous pousse à sortir de l’ornière des habitudes. Car "l’habitude nous déshabitue d’habiter l’essentiel".

Autre dimension invoquée : la responsabilité qui consiste à transmettre un monde viable aux générations futures. " Le Sabbat nous apprend à retenir les gestes qui pourraient être destructeurs. Dans le domaine de l’écologie, par exemple, respecter ce commandement revient à connaître les gestes qui protègent la planète où vivront nos enfants. " Pour Ouaknin, tel est d’ailleurs l’amour le plus absolu : " Aimer, ce n’est pas seulement aimer celui qui peut me rendre l’amour. C’est aimer celui qui n’est pas encore là et qui sera là quand j’aurais moi-même disparu. "
V. “ Tu honoreras ton père et ta mère ”
Reprenant, après le psychanalyste Daniel Sibony, la traduction littérale – " lourd ton père, lourde ta mère " –, Ouaknin interroge : " Qu’est-ce que “lourder” son père et sa mère ? C’est donner suffisamment de poids à leur histoire pour ne pas avoir à la répéter. " En respectant son parent pour ce qu’il est, en prenant en compte son histoire sans nécessairement vouloir réparer ce qui n’y a pas été accompli. Une proposition commune à la Bible et à la psychanalyse pour échapper à la névrose. En hébreu, ke av, " comme le père ", est le même mot que quéev, la " souffrance ". " A partir du moment où l’on est dans l’imitation du père, on est dans une douleur existentielle. "

S’inspirant de l’Œdipe de Sophocle, Ouaknin développe ce concept : "Au moment où Œdipe tue Laïos, tous deux se croisent au carrefour de trois routes, dans un “Y” qui évoque le sexe de la femme. Le père (par l’acte sexuel) et le fils (lors de sa naissance) empruntent le sexe maternel, explique Ouaknin. Et il y a inceste lorsque l’enfant emprunte le même chemin dans le même sens que le père. […] L’éducation juste d’un enfant, c’est l’aider à trouver son propre chemin, le sens de sa vie."
VI. “ Tu ne tueras pas ”
Rachi, le plus grand commentateur de tous les temps, ne dit strictement rien concernant ce commandement, remarque Ouaknin : " Un tel silence est déjà un commentaire en soi. Il nous invite à penser que le silence est le fondement même de la violence qui conduit au meurtre. " L’histoire d’Abel et Caïn le confirme : " Et Caïn se leva vers son frère Abel, ils étaient dans le champ, et il lui dit : “…”, et il le tua. " Un texte biblique où, entre des guillemets, il n’y a rien… ! J’en déduis que le fondement même de la violence, c’est soit l’incapacité de parler, soit le fait de parler en “enfermant” au lieu d’ouvrir au dialogue, au partage… "
VII. “ Tu ne commettras pas d’adultère ”
On apprend que l’adultère ne concerne pas seulement le rapport sexuel entre un homme, marié ou pas, et une femme mariée. " Ce qui est condamnable, c’est une forme d’amour vécu sans conscience ni responsabilité pour l’enfant qui pourrait advenir de cette relation. " Un enfant auquel on ne pourrait pas raconter son histoire, un bâtard, c’est-à-dire un mamzer : mam (le défaut) et zer (l’étranger). " Il y a là un défaut lié à l’étrangeté : l’enfant né de l’adultère se retrouve dans le mensonge à chaque fois qu’il prononce le mot “Papa”, explique Ouaknin. Dans la tradition hébraïque, le mensonge est une distorsion du lien généalogique, une maladie, un “mal-dit” de ce lien. […] La psychanalyse ne s’intéresse-t-elle pas aux non-dits captés par l’inconscient du sujet ? Etre, c’est notamment être raconté par la parole de ses géniteurs. Le septième commandement peut donc être entendu ainsi : “Ne fais pas souffrir l’autre en lui rendant impossible d’entendre sa propre histoire.” "

Ouaknin se met alors à raconter une blague juive. " Oui, prévient-il, l’humour fait aussi partie de la pensée... Un jour, monsieur Lévy va voir le rabbin. “Rabbi, je ne retrouve plus ma montre. Quelqu’un de la communauté me l’a volée. Comment puis-je découvrir le voleur ?
— Tu n’as qu’à aller à la synagogue au prochain sabbat et, à la lecture des dix commandements, observe bien le visage des hommes. Quand on prononcera à haute voix le “Tu ne voleras pas”, le coupable aura probablement l’air honteux et ainsi tu le reconnaîtras…”
Quelques jours plus tard, le rabbin rencontre monsieur Lévy : “Alors, as-tu récupéré ta montre ?
— Oui, rabbi.
— Est-ce grâce à la lecture du huitième commandement ? demande le rabbin.
— Non, mais quand on a lu les lois à haute voix, au commandement “Tu ne commettras pas d’adultère”, je me suis soudain souvenu : j’avais oublié ma montre chez madame Cohen !“ "
VIII. “ Tu ne voleras pas ”
En hébreu, le " vol ", le " rapt ", shod, est identique au mot shad, le " sein " de la mère. Ce commandement évoque les sevrages mal réalisés. Et Ouaknin d’analyser : " Un voleur, c’est quelqu’un qui veut retrouver le sein de sa mère. Quelqu’un qui n’a pas reçu de parole de séparation. Toute mère devrait dire : “Ceci est mon corps, ceci est mon sein et, bien que nous ayons fusionné pendant neuf mois de grossesse, bien que nous ayons eu un corps à corps symbiotique pendant l’allaitement, tu dois maintenant te séparer du sein.”L’enfant à qui l’on n’a pas donné cette parole sera toujours dans la volonté de retrouver cet objet perdu."

Cette loi évoque donc la nécessité d’une parole de maturation, seule capable de transmuer le désir d’avoir, de thésauriser, d’amasser, en désir d’être. "Eduquer quelqu’un, rappelle Ouaknin, c’est l’encourager, grâce à cette parole de séparation, à désirer être lui-même. Sinon, en le maintenant dans le seul désir d’avoir, on commet un vol, et pas n’importe lequel : le vol de l’être."
IX. “ Tu ne commettras pas de faux témoignage”
"Ce commandement est l’un des plus difficiles à suivre", prévient Ouaknin. Ce qui est à éviter ici : une parole qui cède aux cancans, qui "parle" sur les autres, qui enferme son prochain dans une catégorie alors que justement le "prochain", rea, se traduit par "celui qui est instable, changeant". "Aimer l’autre, c’est lui laisser la possibilité d’être toujours en évolution, triste un jour, gai un autre jour."
Pour Ouaknin, l’amour doit donner plus qu’il ne prend : " Regardez la différence entre le lac de Tibériade et la mer Morte : le premier reçoit les eaux du Jourdain et les reverse, les redonne. La mer morte, quant à elle, se remplit des eaux du Jourdain mais ne les redonne pas. Je définis le mortifère ainsi : quand je suis capable de recevoir, mais incapable de donner. "

S’impose alors l’histoire de David et Moshe, deux cousins très liés. Au moment de mourir, David appelle son cher cousin à son chevet et lui lègue sa fortune. " Cependant, lui annonce-t-il, je te demande une chose : va voir ma pauvre femme, donne-lui l’argent que tu veux et garde le reste pour toi. " Moshe exécute ses dernières volontés : il garde
3 millions de dollars et donne 30 000 dollars à la veuve. Mais, quelque temps après, celle-ci va voir le rabbin et se plaint du peu d’argent reçu. Le rabbin va parler à Moshe : " Moshe, qu’as-tu fait de la fortune de David ?
— J’ai fait comme il m’a dit, répond Moshe. David m’a dit : “Donne ce que tu veux et garde le reste pour toi.”
— Ce que tu veux ! s’exclame le rabbin. Qu’est-ce que tu veux, Moshe ?
— Eh bien, 3 millions de dollars !
— Alors, “ce que tu veux”, 3 millions de dollars, donne-le à la veuve… et garde “le reste”, 30 000 dollars, pour toi, dit le rabbin. Voilà ce qui est juste. "
X. “Ne convoite pas la femme, la maison, tout ce qui est à ton prochain”
La " femme ", la " maison " sont pour Ouaknin des métaphores du lieu originel. Ce commandement n’évoque pas seulement l’envie, la convoitise de biens extérieurs, mais renvoit à un désir existentiel de l’homme : le savoir sur sa propre origine. " Celle-ci nous est en effet toujours cachée : dans le jardin d’Eden, l’homme ne connaît pas l’origine de la femme, la femme ne connaît pas l’origine de l’homme. "

Reprenant les intuitions de la psychanalyste Marie Balmary, dans “le Sacrifice interdit” (1), Ouaknin évoque cette part d’" inconnaissance " de l’autre, ses zones cachées. " Le fameux arbre qu’on ne peut manger, dans le jardin d’Eden, représente cet autre. Or en préserver le mystère nous empêche de le dévorer. "
Mon prochain a toujours droit à cette part d’inconnaissance, car il n’est pas un objet. Or ce mystère, parfois douloureux, sur notre origine et cette part d’inconnaissance génèrent justement un puissant moteur dans nos vies : le désir… "

1- LGF, 1995.
ENTRETIEN :
“Je revendique l’athéisme métaphysique”
Vous avez récemment déclaré : " Je suis un rabbin athée, Dieu merci ! " (1) Un athéisme paradoxal ?
Je revendique " l’athéisme métaphysique " dont parle le philosophe Lévinas, dans “Totalité et infini” (2) : une forme de relation à Dieu qui n’est ni la voie mystique dans laquelle l’homme " monte " tellement vers Dieu qu’il s’annule dans le " Grand tout ", ni l’idolâtrie qui fait tellement " descendre " Dieu dans le monde des hommes que celui-ci devient une idole. Je propose une relation qui maintient une distance entre Dieu et l’Homme. Le texte, et l’interprétation des Textes, est justement le tiers grâce auquel on évite collusion et confusion.

Ce qu’on nomme aujourd’hui " spiritualité laïque " ?
Je me méfie du terme de "spiritualité laïque" s’il signifie le rejet de toute pratique. Le mot "foi" en hébreu renvoie essentiellement à la notion de fidélité. Ni religieux, ni laïc, je me situe dans la lignée de ceux pour qui la spiritualité est une recherche, un questionnement et une fidélité à ce qui leur a été transmis. Une référence pour moi reste Albert Cohen qui écrivait, à plus de 80 ans, dans ses “Carnets 1978” (3) : "Dès que je crois, je trébuche et je ne crois plus. Dès que je ne crois plus, je me relève et je veux croire."

Comment vivre cette spiritualité au quotidien ?
Par l’humilité, la générosité et le refus de l’égoïsme. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot " clef ", selon moi, c’est la bonté. Pas le bien, qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de " petit geste ". Car c’est là qu’est le véritable amour : dans les petits gestes.
(Propos recueillis par Pascale Senk)

1- In “L’Express” du 11 juin 1998.
2- LGF, 1990.
3- Gallimard, 1992.

Pour tout renseignement concernant le prochain cycle de conférences de Marc-Alain Ouaknin : Mme Hélène Attali. T. : O1.44.69.O4.37. ou 03.98.
A LIRE :
De Marc-Alain Ouaknin :
“Les Dix commandements"
La version écrite de ses conférences (Le Seuil, à paraître en janvier 1999).

“C’est pour cela qu’on aime les libellules”
Toute sa philosophie existentielle (Calmann-Lévy, 1998).

“Les Mystères de l’alphabet”
La mémoire de chacune des lettres de notre alphabet (Assouline, 1997).

“Symboles du judaïsme”
Commentaires et analyse des rites et mythes du judaïsme (Assouline, 1995).

“Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque” Histoire de l’hassidisme et de la mystique juive (Albin Michel, 1992).
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /2007 09:26
La délicieuse défense du « droit d'être comme ne sont pas les autres »
Réflexions sur le livre de Catherine Kintzler Qu’est-ce que la laïcité ?

par Edith Bottineau-Fuchs (1)

En ligne le 20 mars 07

Voilà un essai joyeusement insolent, et dépourvu de toute inutile raillerie polémique.
Il y a quelque chance que le lecteur ait le sentiment, avant la page soixante-huit, fin de la première partie, d’avoir été entraîné à une vitesse vertigineuse. Pourtant, avec une clarté entière, Catherine Kintzler avance pas à pas, sans rien enjamber. Cette maîtrise-là est le comble de la vraie culture et de la véritable conviction : c’est qu’il s’agit, de l’aveu même de l’auteur, d’un « parcours philosophique complet », à faire tenir d’abord en quelque soixante pages, pour le « déplier » ensuite, sous les espèces du choix des extraits dont les commentaires nourris reprennent  et parachèvent l’argumentation de la première partie.
C’est à cette dernière que nous nous consacrons.



Quatre parcours

S’il est, pour celui qui écrit, plus long de « faire court » plutôt que long, c’est évidemment l’inverse qui est vrai pour le lecteur. Que ce dernier ne s’inquiète pas ! Quoi qu’il fasse, pour peu qu’il prenne le temps de se laisser guider, il sortira de là, à coup sûr, éclairé, et donc tonifié.
Osons un banal conseil : il paraît judicieux de lire deux fois l’Introduction - certes, en commençant ; mais surtout en y revenant après avoir tout lu. Osons en outre un rappel : l’écrit ne peut pas ne pas paraître avancer linéairement. Pourtant, il semble requis de chercher par quelles couches, comme on parle de sédimentations géologiques, il s’édifie. Suggérons-en au moins quatre ou, si on préfère, un quadruple parcours. L’un débute, « tambour battant », par la fondation philosophique de la laïcité (pp. 8 à 36) ; l’autre la reprend sur le terrain cette fois des réalités phénoménales (36 à 68) ; en outre, à l’intérieur de ce double travail, les pierres d’attente sont posées de sorte que le lieu d’insertion des références à Locke, Bayle, Rousseau, Condorcet est ménagé. Enfin, tout est ramassé et repris autrement par les commentaires des extraits choisis : ceux-ci, loin de venir illustrer ou conforter un propos, constituent un moment de l’argumentation.
Il n’est pas question ici de chercher à répéter cette argumentation : aucune intrigue policière ne peut, croyons-nous, susciter autant de curiosité que l’argumentation philosophique et les moments où le lecteur n’anticipe nullement la façon dont l’auteur va « s’en sortir »..

Prenons le parti du désordre pour garder intact l’étonnement du lecteur, et soulignons d’abord ce qui, dans la façon dont C.K. attrape la laïcité, nous a paru profondément « inactuel » et novateur, tant en ce qui touche au propos défendu qu’à la démarche adoptée. Dès lors que nous n’exposons pas l’argumentation, nous nous autorisons à séparer arbitrairement propos et méthode.



De la tolérance à l'hypothèse de la déliaison fondatrice

Quant au propos donc : la partie la plus visible porte sur la profonde différence de nature qui sépare la tolérance de la laïcité - ce qui explique la présence conjointe de Locke et de Condorcet, bien entendu. Un pas de plus : seule la tolérance peut être « élargie » aux incroyants (d’où Bayle) tandis que « laïcité élargie » serait un carré circulaire.
Si d’abord les trois - tolérance, tolérance élargie, laïcité - paraissent constituer des options possibles, en juxtaposition sur les étagères des goûts et des couleurs subjectifs ou objectifs, C.K. va effectuer un premier retournement pour montrer qu’en vérité, seule la laïcité vaut au titre de condition de possibilité de la cohabitation des libertés, c’est-à-dire de la garantie et de la protection, pour chacun, de sa « liberté de conscience » : cette coexistence pacifique requiert l’abstention de la puissance publique, à l’endroit de toute foi comme de toute croyance.
Ce premier renversement audacieux va aussitôt s’élever à sa propre condition : le suspens à l’égard de toute foi signifie sans conteste le suspens à l’égard de tout lien d’appartenance. Ce « vide », ainsi que C.K. le nomme par analogie avec le tube de Newton, va devenir l’ultime centre fondateur du champ politique. L’auteur va ensuite « déplier » cette audace, et aussi montrer que, si ces formulations sont siennes, l’idée de la « déliaison sociale » comme condition du lien politique n’est cependant pas si rare - ce qui nous vaut, en particulier, un détour fort original par Rousseau (sur lequel nous reviendrons tout à l’heure).


Une double démarche, régressive et déductive

Disons maintenant un mot de la démarche. La prudence d’un ordre d’exposition pas à pas ne doit nullement faire croire à une avancée linéaire progressive : l’ordre de la rédaction n’a jamais coïncidé avec l’ordre des pensées.
Il nous semble pouvoir distinguer d’un premier moment régressif une « redescente », elle-même assortie, sans difficultés majeures, de plusieurs corollaires.
La régression remonte au pôle de renvoi « transcendantal » : le « vide » qui vient d’être évoqué est saisi dans sa coïncidence avec la fiction juridique du sujet de droit. Filons l’analogie : vu le vide de toute détermination empirique, l’absolue abstraction des purs sujets-atomes, va-t-il falloir inventer un clinamen apte à permettre leur rencontre comme citoyens politiques, ou bien aucune intersection des trajectoires des «  atomes » n’est-elle requise ? Quoi qu’il en soit, c’est la liberté du sujet pur qui permet de redescendre vers l’instruction et la constitution des sujets par l’école , dans leur possible et singulière autonomie. C.K. redescend donc de ce pôle du « vide » auquel renvoie, transcendantalement, la vraie coexistence des libertés extérieures ; de là se déduit, systématiquement cette fois, ce par quoi l’ouvrage commence, en juxtaposant dans leurs écarts tolérance-tolérance élargie-laïcité. Le tableau de la page 28, loin de n’avoir qu’une vertu pédagogique de récapitulation, vaut pour contre-épreuve du bien fondé de ce qui a été avancé. La capacité d’embrasser le tout des situations historiquement envisageables signe la pertinence des vues défendues en témoignant qu’une pensée véritable se reconnaît à sa concrétude. Il n’est dès lors pas très étonnant de voir comment la rationalité de la double démarche régressive et déductive conduit, comme par la main, à trancher clairement quantité d’objets de débats indéfiniment ressassés depuis plusieurs années : on en finit enfin avec la situation dans laquelle l’un « trait le bouc tandis que l’autre tient la passoire ».


Dépassement des vieux débats

Nous ne donnerons que quelques exemples : ainsi en est-il du refrain omniprésent de l’appel aux « valeurs ». A l’émouvante indétermination concernant la nature précise des dites « valeurs », C.K. oppose la nécessité pour chacun, tout particulièrement pour chaque élève et chaque maître, du travail de conquête de soi. Ainsi aussi du prétendu « intégrisme laïque », baptisé religion pour mieux l’évincer dans le champ de la relativité subjective et objective des options et opinions. Si la récusation du « retour aux valeurs » engage tout le propos que C.K. élabore en ce qui concerne l’instruction et la culture de soi, celle de l’intégrisme laïque engage, quant à elle, l’argumentation destinée à montrer l’absolue incompatibilité de la laïcité avec l’idée d’une religion civile - y compris bien sûr, l’obligation civile de l’athéisme. Le centre de l’affaire, nous l’avons vu, réside dans la disjonction du lien social et du lien politique ; mieux : dans la nécessité de la déliaison, du « déracinement » comme condition de l’institution d’un ordre politique. C’est là que le « point de virulence » est atteint. C’est que, si on suit cette disjonction - et on ne peut pas ne pas la suivre - alors s’effondre la majorité des certitudes omniprésentes, non seulement dans le discours public mais aussi dans les productions savantes contemporaines. Entre les identités, c’est à dire les différences, les racines, les traditions et autres appartenances, on ne sait plus si un homme est fourmi, arbre sans jambes vissé à sa terre nourricière ou membre de sa tribu. Il faut savoir gré à l’auteur de ne pas laisser passer l’occasion de citer Clermont-Tonnerre (p. 26) : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation ; il faut tout leur accorder comme individus ; il faut qu’ils soient citoyens ». A juste titre, C.K. souligne le caractère profondément libérateur de cette formule en ce « qu’elle proclame un devoir d’aveuglement qui suppose l’évacuation théorique de l’appartenance » ; elle ne recule pas à en fournir l’explicite conséquence : le droit et le devoir de s’aveugler aux Juifs comme nation auraient, sous Vichy, fait beaucoup de résistants. De Vichy à nos jours la conséquence est bonne : la citoyenneté est incompatible avec l’appartenance communautaire en ce que celle-ci ne saurait ni fonder celle-là, ni contribuer, à quelque titre que ce soit, à son institution.

Une bienfaisante inactualité

Citons enfin la bienfaisante inactualité des vues sur l’école : sa seule fin est d’instruire - ô Instruction Publique, et non Education Nationale ! C.K. commentant Condorcet permet de mesurer le sens des dénominations dévolues aux Ministères. Il est désormais bien nécessaire de rappeler une évidence : instruire n’est pas « informer », parce que l’instruction n’est rien moins que la « cultura animi ». Il faut donc être tombé bien bas pour croire que l’instruction ne serait pas, en elle-même et par elle-même, éducation. En expliquant pour quelles raisons l’instruction publique ne peut qu’être laïque, C.K. fait nettement apercevoir au moins deux points majeurs : d’abord, que le suspens à l’égard des fois et croyances, fait, a contrario, obligation d’enseigner ce qui est enseignable ! Or, les goûts et les couleurs, options et opinions ne le sont pas. Seul ce qui relève de la raison et de l’expérience mérite droit de cité dans l’enceinte d’une classe. Du coup, l’auteur n’a nullement tort de voir dans l’école une institution philosophique (et nullement un « appareil idéologique d’Etat » ainsi que Althusser la nommait ). « Les élèves présents à l’école ne sont pas des libertés constituées... mais des libertés en voie de constitution. L’école est une institution productrice de la liberté : on n’y vient pas pour consommer, ni même pour jouir de son droit mais pour s’autoconstituer comme sujet . » (p. 55).
Par là, la voie est ouverte pour dire beaucoup plus qu’un mot à propos de la récente trouvaille qui consiste, en France, à introduire l’enseignement du « fait religieux ». Alors que les humanités, lesquelles n’excluent nullement la « formation de l’esprit scientifique », «  font de l’exotisme un principe d’enseignement » (p. 64) « en mettant chaque esprit », par sa confrontation avec la singularité des oeuvres, « en demeure de rompre avec lui-même et de se constituer sur le deuil de ses certitudes familières », le fait religieux, quant à lui, n’a plus rien à voir avec des œuvres, mais seulement avec des phénomènes sociaux. La bien pensante justification de cette novation pédagogique renvoie à une conviction venue de la sociologie de Dürkheim en particulier : l’universalité empirique du phénomène religieux attesterait que c’est le « lien social » qui, partout, est sacralisé - et ne peut pas ne pas l’être croit-on. C.K. voit à juste titre dans cette sacralisation « la forme même du religieux » qui serait ainsi insufflée, à l’abri de l’abstention à l’égard de tout contenu dogmatique, textuel ou non. Aussi peut-elle vigoureusement écrire (p. 67) : « ..il deviendra bientôt impensable qu’une cité puisse avoir pour fondement autre chose que la sacralisation d’un lien, autre chose que des « valeurs communes »...La figure classique du théologico-politique, subreption du politique par la religion, est surclassée, dépassée par sa projection formaliste et totale : la subreption du politique par le religieux. »



Trois questions

Terminons par une triple interrogation.

1° La conviction centrale selon laquelle le lien politique est suspensif du lien social ne signifie-t-elle pas clairement le rejet de la démocratie au profit de la république ? Le terme « république » figure certes dans cet essai, mais n’est- ce pas la seule configuration qui mérite le titre d’ « association politique » ? Sans diaboliser la démocratie pour en faire la dictature de l’opinion, il appert nettement de la lecture de C.K. que la conjonction aléatoire de groupes sociaux dissout le « lien politique ».

2° Mais alors c’est la question du lien proprement républicain qui nous semble devenir problématique. Voici pour quelle raison : la démarche régressive qui remonte à la fondation transcendantale de la laïcité (seul mode possible de coexistence des libertés), découvre un sujet abstrait, qui est le sujet de droit. Or, ce dernier porte, si on peut dire, une double casquette en ce qu’il est à la fois, sinon le citoyen pourvu de ses devoirs et droits formels, en tout cas, sa matrice. Mais il est aussi le pur sujet pensant. N’y a-t-il pas là une sorte de court circuit entre un trajet régressif effectué, et un autre qui demeure implicite ? en d’autres termes, un court-circuit entre manifestation extérieure de la liberté de pensée et liberté propre de la pensée elle-même ? N’est-ce pas cette double casquette qui autorise le parallélisme, à notre sens tout à fait central dans l’économie de cet essai, auquel s’adonne C.K. p. 49 ? en écrivant que « de même que le peuple (souverain) livré à lui-même n’a pas d’autre instance que ses propres lumières pour conserver sa liberté », de même, « pour éviter l’erreur, n’avons-nous rien d’autre que nos pensées ».

3° Mais, en ce cas, n’est-ce pas à une double déliaison que nous assistons ? Pour accéder à la citoyenneté, condition du peuple souverain, il faut mettre hors circuit toute appartenance empirique ; inversement, la puissance publique ne garantit la libre coexistence des individus qu’en instituant pour chacun, le droit de n’être que lui-même. C’est la référence aux classes paradoxales (telles qu’exposées par J.C. Milner) qui étaie cette vue minimaliste du « lien politique » (pp. 41-42) : sa fonction revient, en somme, à permettre à chaque singularité que tous les autres lui « fichent la paix » avec leur possible bien-aimée communauté de ceci ou de cela ! Avouons que ce n’est, certes, pas rien, et qu’en toutes les circonstances de la vie extérieure, le péril n’est pas si éloigné, même dans notre présente « démocratie républicaine ».
Il nous semble voir là bien davantage que le cercle propre à la liberté extérieure : il faut de libres sujets de droit pour que la puissance publique, le peuple souverain, institue et garantisse les droits - tandis qu’inversement, il ne saurait y avoir de citoyenneté là où les droits, les libertés publiques, ne sont pas institués et garantis. Cela veut nettement dire qu’aucun « salut » n’est à escompter de la meilleure des configurations politiques : elle ne peut qu’être la moins mauvaise ! Le minimalisme revient à affirmer qu’on ne peut, au mieux, qu’espérer ne pas être broyé et empêché d’accéder par ses propres voies à l’autonomie. Ce qui serait platonicien, si l’école publique n’avait pas le rôle majeur de susciter la constitution des individualités en sujet. Ne faudrait-il pas, dès lors, pouvoir distinguer entre niveau proprement politique de la loi commune, et niveau civil ? Est-ce envisageable en étant installé dans l’atomisme ?

Comment le promeneur solitaire est-il possible ?

Quoi qu’il en soit, la hantise du « conglomérat-gros-animal » suscite un mouvement de bascule en direction radicalement opposée, d’où l’insistance sur les figures finalement équivalentes du « démon » et du « promeneur solitaire ». Ce qui nous conduit à conclure par une invitation à méditer l’original détour par Rousseau que l’auteur effectue (pp. 35 à 40).
Quant à nous, il nous semble que l’instauration continuée, c’est à dire la réactivation continuée par laquelle la volonté de chacun se métamorphose, selon Rousseau, en volonté générale, suppose les adjuvants esthétiques et moraux des fêtes, de la religion civile, et, parallèlement, de l’éducation négative. La difficulté, sans doute attestée par l’inachèvement du Contrat Social ne tient-elle pas au refus rousseauiste de la représentation ? Récusant la voie de Hobbes, d’un représentant instituant le représenté, Rousseau n’est-il pas contraint de superposer « social » et « politique » ? La difficulté qui consiste à tenir ensemble l’atomisme avec les métaphores totalisantes du « corps » civil ou social, paraît aggravée par la conviction rousseauiste que tout intérêt particulier de groupes particuliers, à quelque niveau de réalité qu’ils se situent, serait, à soi seul, ruine du corps civil. C.K. n’a sans doute pas tort de trouver en Rousseau de quoi effectuer le passage du moment transcendantal à sa continuation sous les espèces de l’éducation de l’homme et du citoyen, mais, contrairement à cet auteur, il ne nous paraît pas paradoxal de voir Rousseau jouer, de multiples façons, un moment « rationnel-émotionnel » (les fêtes, la religion civile) dans la mesure où ce philosophe assied la formation de la raison sur les passions, et réciproquement.

Acceptons volontiers la métamorphose que C.K. fait subir à l’individu anté-politique, anté-social, ce bestiau  errant dont Rousseau fait l’épouvantable portrait dans le Second Discours, en le transformant en « promeneur solitaire » ; ce sera là rendre hommage à la délicieuse défense du « droit d’être comme ne sont pas les autres », qui anime ardemment ce travail d’élaboration philosophique de la question Qu’est-ce que la laïcité ?

Edith Bottineau-Fuchs, 2007
(1) Edith Bottineau-Fuchs est professeur de philosophie (en classes terminales, hypokhagne et khagne). et enseignante bénévole : à « l’Ecole à l’Hôpital » - occasionnellement à la prison de Fresnes.
Du même auteur sur ce blog : Violences dans les établissements scolaires
; D'un prétendu "droit au respect"


Voir les autres articles du dossier :
Laurent Fedi "L'utopie laïque"
- CK Réflexions sur "L'utopie laïque" (réponse à L. Fedi)
- Leçon de clarté par Jean-François Rémond


issu du blog de Catherine Kintzler

Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /2007 10:10
Exploser avant d'être vieille
 

Sylvain Cormier
Édition Le Devoir de Montréal  du vendredi 03 août 2007

Mots clés : culture, Juliette Gréco, FrancoFolies de Montréal, Montréal 

juliette gréco déshabillez moi 

http://www.dailymotion.com/video/xfxe1_juliette-greco-la-javanaise

 

«Ça veut dire quoi, la retraite? C'est pas le genre de choses qui me tracasse. Je pense à la mort, pas à la retraite. La mort, très bien. Ça ne me gêne pas. Retraite, c'est un mot affreux. Même en guerre, la retraite, c'est pire que tout», dit Juliette Greco.

Photo: Jacques Grenier

Juliette Gréco en conférence de presse, c'est à chaque fois se souvenir pourquoi on l'aime tant, pourquoi les poètes, les chansonniers, les comédiens, Sartre autant que Miles, Prévert autant que Piccoli, ont été fous d'elle: l'intarissable fontaine de Jouvence dans le regard et le sourire, l'extraordinaire vivacité d'esprit dans la moindre réplique, l'appétit insatiable qui la fait mordre dans chaque mot. C'était hier midi, aux Francos. Demain, elle chantera à la PdA.

La voilà. Soutenue par Guy Latraverse qui aurait lui-même besoin de soutien, elle gravit trop prudemment à son goût les marches de la petite estrade où chaise, table et micros l'attendent en ce jeudi midi pour sa conférence de presse des FrancoFolies. Les flashs l'éblouissent, rendant sa blanche peau presque spectrale. Une morte-vivante, Juliette Gréco?

Que nenni. Elle sourit et la vie lui fait la fête comme en 1947 au Tabou. Elle sourit et elle n'a plus 80 ans, n'a jamais eu 80 ans, n'aura jamais que vingt ans quatre fois, toutes les fois que vous voulez, éternellement gamine et coquine et coquette. Et opiniâtre. Et formidablement vive: non seulement elle a réponse à tout, elle a des réponses à la fois parfaitement spontanées et parfaitement formulées. Experte ès citations. On se dit qu'elle aurait pu écrire de grandes chansons, avoir osé. Mais comment oser écrire des chansons quand on a eu Prévert, Queneau, Sartre, Brel, Ferré, Gainsbourg et tous les autres génies des alentours qui, pantelants de désir, ont fait la queue leu leu à sa porte avec des rimes riches en cadeau?

Alors elle n'écrit pas. Elle chante. Elle parle, aussi. De ce qu'on veut, mais à sa façon. Première question? Quelqu'un lui demande ce que ça lui a fait d'enregistrer Les Amants d'un jour, après Piaf. «Du bien. Mais j'ai j'expliqué pourquoi, dans le disque.» Retournez à vos devoirs, monsieur le journaliste, semble-t-elle intimer. Elle répète quand même l'anecdote relatée dans le livret de l'album Le Temps d'une chanson, gravé en 2006 à New York et composé de chansons qui ne lui étaient pas destinées et qu'elle n'a jamais enregistrées. Ses chansons préférées. «J'étais toute débutante, je suis allée chez [la compositrice] Marguerite Monnot, elle m'a joué plusieurs choses et, sur le piano, il y avait une petite feuille jaune, dactylographiée comme ça, j'écoutais ce qu'elle me disait et je lisais en même temps du coin de l'oeil ce texte, et je lui ai dit: "Et ça?" Elle me dit: "Ça? Si je vous donne ça, Édith me tue."»

Questions d'office, feu d'artifice

C'est la litanie des questions d'office. Ce que ça lui fait de venir chanter à Montréal? «Plaisir. Un grand bonheur, mais sincèrement, pas pour vous faire plaisir.» À quoi les spectateurs doivent-ils s'attendre du spectacle de samedi soir au théâtre Maisonneuve de la PdA? «Chacun le reçoit comme il veut.» Et si ça ne vous plaît pas, c'est le même prix, comprend-on. On sait qu'elle chantera à nouveau avec Diane Dufresne. Le 26 juillet 2001, aux Francos aussi, elles avaient partagé La Javanaise de Gainsbourg. Exception. Juliette Gréco n'aime pas les duos. «Je déteste ça. Ça m'embête à mourir. J'ai fait ça avec Diane Dufresne et Abd al Malik. Basta!» Créant l'émoi et l'événement, Malik a en effet rejoint Gréco sur scène à Bourges ce printemps, le temps de dire et chanter ensemble Né quelque part, chanson-manifeste de Maxime Le Forestier («Est-ce que les gens naissent / Égaux en droits / À l'endroit / Où ils naissent?»). «Y a des gens qui inspirent et d'autres qui n'inspirent pas», offre Gréco pour toute justification. À son retour en France, elle reprendra Né quelque part avec l'auteur même, «en hommage à Jean-Claude Brialy». Pourquoi? «Parce que la chanson est faite pour être servie de cette manière-là ce soir-là.» Y sera-t-elle confortable? «Pas terrible. Mais bon. Du moment que je suis en face de quelqu'un que j'aime, ça va.»

Prochaine question? Une journaliste se présente. La légende vivante fait de même: «Bonjour, mon nom est Juliette.» Rires. Elle parle avec emphase de Diane Dufresne. On apprend qu'elle a... un Diane Dufresne chez elle. Un tableau. «Elle a tous les talents, cette coquine.» Quelqu'un qui n'a pas écouté (entendu?) les réponses précédentes lui demande si Diane et elle seront ensemble sur scène. Juliette, pas vilaine, répond sur le mode ludique. «J'espère bien! On va pas chanter l'une dans les coulisses, l'autre sur scène!» Comment vit-elle l'attente? Drôle de question. Réponse étonnante. «L'une des particularités de ce métier, c'est que vous dépendez entièrement, totalement et absolument de la demande. Comme les comédiens, comme les gens de cirque. C'est un métier très cruel. Je n'ai pas beaucoup attendu dans ma vie, et merci beaucoup.» On lui rappelle qu'elle fête son 80e anniversaire. Juliette Gréco fait la moue, maugrée: «Je fête, je fête... » Rires.

La ronde des questions tourne et tourne en rond. Que demander? Ce qu'elle va nous chanter? «Plein de trucs. Tout un panorama. Pas mal de choses du dernier disque.» Bien sûr, le choix est grand, trop grand: plus de mille chansons enregistrées. «Terrible, terrible. C'est déchirant. Je ne chante que ce qui nous tient à coeur et au coeur.» Nous, c'est elle et Gérard Jouannest, son compagnon, l'illustre pianiste et compositeur, complice de Brel... et d'Adb al Malik, à qui il a fourni trois musiques pour l'album Gibraltar. À un moment donné, Juliette présente son Gérard, assis parmi les journalistes. La discrétion faite homme. L'accompagnateur idéal. Question? Un ange passe. Une nuée d'anges passe. Puis quelqu'un se lance. Gréco l'icône, la Grande Dame de la chanson, ça vous embête? «Je regarde derrière moi pour voir qui c'est. Je ne me sens rien d'autre que ce que je suis, c'est-à-dire peu de chose.» On évoque les prochains adieux à la scène d'Henri Salvador. «Il a raison, il a 90 ans!» La salle croule. «Puisqu'il le fait, il a raison, il doit savoir pourquoi. Ce qui est tout à fait rassurant, c'est qu'il continue d'enregistrer. Donc, on ne le perdra pas.» Ce qu'elle fera quand elle sera vieille? «Je pense que je vais exploser avant.» La retraite? «Ça veut dire quoi, la retraite? C'est pas le genre de choses qui me tracasse. Je pense à la mort, pas à la retraite. La mort, très bien. Ça ne me gêne pas. Retraite, c'est un mot affreux. Même en guerre, la retraite, c'est pire que tout.»

Oui à la violence, non à la violence

C'était inévitable, on lui demande quelle chanson la représente le mieux. «Aucune, tranche-t-elle. Aucune et toutes. Tout me ressemble, et rien n'est moi.» Tout aussi inévitablement, on veut savoir qui elle aime dans la chanson d'aujourd'hui. «Y en a plein. Des tonnes de filles, Olivia Ruiz, Camille. Des garçons aussi, Bénabar, Biolay. Quoique Biolay ne soit pas hyper sympa quelquefois. C'est son caractère, il est ainsi fait.» Gréco aussi est ainsi faite: elle dit toujours ce qu'elle pense. Deux minutes plus tard, elle parle encore d'Abd al Malik, qu'elle a croisé la veille à l'hôtel. «C'est un délicieux garçon. Il n'a aucune violence... Si, il a la violence de l'amour.» Violence de l'amour? «La violence, c'est bien, mais pas trop, pas tout le temps, mais pas de manière noire et sanglante. La violence dans l'amour, c'est parfait. C'est un sentiment fort que je peux comprendre très bien. La violence dans la défense d'un enfant, oui. Mais la violence pour la violence, non. Alors, un garçon comme lui me rassure. En plus, il est beau et il bouge magnifiquement.» Sacrée Juliette. Sensuelle Gréco. Un peu plus et elle nous chantait Déshabillez-moi.

On apprendra aussi que l'avenir de l'humanité l'inquiète et qu'elle n'utilise pas Internet. Enfin, pas personnellement. Par personnes interposées. «Je sais téléphoner, en revanche. Téléphone et fax, ça chauffe!» Rigolade. Dernière question? Beau sujet, pour changer: la liberté. «La liberté, c'est ce qu'il y a de plus important sur cette terre. Être libre de lire, de s'exprimer, de penser. C'est pourquoi il faut combattre l'analphabétisme. Il faut apprendre à lire, à écrire. Autrement, on ne peut pas se défendre.» Applaudissements. Rideau.

Collaborateur du Devoir

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    http://www.dailymotion.com/video/xfxe1_juliette-greco-la-javanaise

    • Auteur : poulbot64
    • Durée : 00:03:33
    • Vues : 1507
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    Description :
    juliette la grande

    Description :
    juliette la grande

    Vidéo ajoutée le : 24-02-2007 22:25:17
    Catégories : Musique
    Mots-clés : francaise chanson

    Langue : Français
    Lieu de tournage : France / 64000


    Adresse de la vidéo : http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaftwqu.html
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Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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