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A qui pensez vous ?
Et bien non pas cette fois.
Un livre décapant publié au Seuil.
La Marionnette et le nain
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Traduit de l’américain et de l’allemand |
Le matérialisme est-il soluble dans la religion ? Et si oui, dans laquelle ? Fidèle à ses conceptualisations transversales nourries à la « feinte trinité » Marx-Hegel-Lacan, le philosophe slovène, dans le sillage d’Alain Badiou et Giorgio Agamben, revient sur le moment de subversion décisif que fut l’entreprise (léniniste) de Saint Paul, par lequel la venue du Christ fit événement, ouvrant la pensée à l’universel et bouleversant du coup le concept de communauté. Du grain à moudre pour inventer un présent non pas anti-terroriste mais révolutionnaire…
D’abord, une thèse : « seule une approche matérialiste permet d’accéder au noyau du christianisme, et vice versa : pour devenir un véritable adepte
du matérialisme dialectique, il faut passer par l’expérience du christianisme. » Et donc, par Paul. Qu’a fait Paul à/dans/de la position juive ? Se substituant d’abord à Judas parmi les
apôtres (le traître nécessaire à la mort-avènement du Christ), il trahit ensuite le Christ pour organiser le nouveau Parti appelé communauté chrétienne : de cette manière, il rompt avec
toute forme de communautarisme en ramenant les hommes de l’altérité à l’identité. Au-delà de la trahison perverse, c’est là tout le paradoxe de l’amour qui, comme l’Absolu, « ne doit pas
être posé comme le but direct : il doit garder un statut de conséquence indirecte, de bien qu’on obtient comme une grâce imméritée. ». Et l’auteur de convoquer la figure du héros, du pathos,
du Salut dans la Chute, de la compassion (à distinguer de l’indifférence tao-bouddhiste, au nom de laquelle s’accomplirent nombre d’horreurs, et qui fonctionne aujourd’hui comme complément
idéologique de la globalisation libérale. Capitalistes oui, mais zen...). Pour Slavoj Žižek, il s’agit de saisir « non pas encore le dogme positif établi mais le geste violent de la prise de
position, le "médiateur disparaissant" entre judaïsme et christianisme, quelque chose de voisin de la violence constitutive de la loi selon Benjamin. » Benjamin dont le marxisme messianique
permit enfin, au XXe siècle, de lire Paul : « La clé de l’urgence de l’approche chez Paul de la fin du monde est fournie par l’état d’urgence révolutionnaire. Cet état d’urgence doit
être rigoureusement opposé à l’urgence totalitaire-libérale d’aujourd’hui, celle de la "guerre contre la terreur" ».
Au christianisme revient donc le mérite d’avoir révélé Dieu dans son impuissance, de L’avoir identifié à l’homme, qui passe ainsi de la Loi à l’amour
(contrairement au judaïsme : « Le secret auquel les Juifs restent fidèles est l’horreur de l’impuissance divine – et c’est ce secret qui est dévoilé dans le christianisme »). Dès
lors, « le problème principal devient celui de l’impossible universalité ». « Dans notre âge post-idéologique complètement résigné, ne laissant aucune ouverture à quelque objectif
positif que ce soit, le paradoxe vient de ce que les seuls candidats légitimes au titre d’absolu sont des actes radicalement mauvais, irreprésentables » (Auschwitz). Un âge dont « le
but suprême serait, dans la lignée du café décaféiné, d’inventer un opium sans opium, [un objet de jouissance débarrassé] de toute la substance qui rend les choses dangereuses ». Un âge où
« nous remplissons nos mandats symboliques en ne les acceptant pas volontiers, en ne les prenant pas au sérieux ». Un âge où « il faudrait se montrer prudent et ne pas attribuer à
l’autre la croyance naïve que nous sommes nous-mêmes incapables de porter ». Et de conclure en développant une homologie croustillante entre l’objet lacanien et les œufs Kinder, « cette
structure de la marchandise et la structure du sujet bourgeois », « le modèle de tous ces produits qui nous proposent quelque chose en plus ». Quant à dire que « le
libéralisme et le totalitarisme partagent la même croyance au facteur X, au jouet en plastique placé au milieu de l’enveloppe humaine en chocolat » et qu’ « il faut s’attaquer au
cœur de cette position hégémonique, à savoir l’idée que le respect devant l’altérité serait l’axiome éthique élémentaire », on laissera le soin à chacun d’y revenir plus avant avec ce livre
oblique et passionnant.