Culture

Vendredi 14 septembre 2007 5 14 /09 /Sep /2007 10:04
sur Ilkka Matila
Les 18, 25 et 29 septembre 2007 à l'Institut finlandais




Professionnels du cinéma finlandais contemporain à la rencontre du public parisien

L’Institut finlandais invite de nouveau le public parisien à découvrir une personnalité du cinéma finlandais à travers une rencontre et des projections de films. Cette fois-ci, c’est l’un des producteurs les plus ambitieux de son pays, Ilkka Matila, qui viendra parler de sa profession et partager ses expériences concernant trois films programmés le 18, le 25 et le 29 septembre 2007.

Une rencontre avec Ilkka Matila aura lieu le 18 septembre à 19 h 30, dans le cadre de la projection de L’Année du loup (Suden vuosi, Olli Saarela, 2007), une histoire d’amour qui a pour cadre le milieu universitaire d’Helsinki.

La Meilleure des mères (Äideistä parhain, Klaus Härö, 2005) sera au programme le 25 septembre. Ce film dramatique évoque le destin d’un enfant finlandais envoyé en Suède pour se réfugier de la Seconde Guerre mondiale. Le troisième film au programme, Rölli et l’Esprit de la forêt (Rölli ja metsänhenki,Olli Saarela, 2001), qui sera présenté le 29 septembre, est un conte fantastique pour petits et grands, adapté d’une très populaire série télévisée finlandaise pour enfants.

Ces trois films ont tous été produits par Ilkka Matila, cofondateur et directeur général adjoint de la plus grande et plus internationale des sociétés de production finlandaises, MRP Matila Röhr Productions Oy. Elu Producteur de l’année en Finlande pour son travail sur le film La Meilleure des mères, Ilkka Matila est un personnage-clé dans le cinéma finlandais actuel, qui s’oriente de plus en plus vers le marché international.   

Précédemment, l’Institut finlandais avait invité la décoratrice Minna Santakari et l’actrice Minna Haapkylä (vue sur les écrans français dans Selon Charlie de Nicole Garcia et dans Le Serpent d’Eric Barbier) à dévoiler à son public les secrets de leurs métiers respectifs.





Entrée (sans réservation, dans la limite des places disponibles) : 3,50 euros


www.institut-finlandais.asso.fr
Institut finlandais
60 rue des Ecoles
75005 Paris - France
Tél. +33 (0)1 40 51 89 09

Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Jeudi 13 septembre 2007 4 13 /09 /Sep /2007 16:41
Suite attendue du dernier message de Daniel Schneiderman

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Mercredi 12 septembre 2007 3 12 /09 /Sep /2007 18:02
Les Archives du Féminisme ont profité de la célébration du centenaire de la loi de séparation des églises et de l'Etat pour rappeler l'action d'une féministe laïque Jeanne Melin.
www.archivesdufeminisme.fr

Jeanne Mélin (1877-1964), les évolutions d’une féministe libre-penseuse
Extrait du bulletin Archives du féminisme, n°9 - décembre 2005
Extrait du dossier "Féministes laïques de la Première vague"

Le centenaire de la loi de 1905 nous donne l’occasion de croiser l’histoire du féminisme et de la libre pensée en France à propos de l’itinéraire militant de Jeanne Mélin. Née dans une famille ardennaise bourgeoise, elle adhère en 1901 à la Paix par le Droit. Elle s’inscrit aussi dans le courant féministe en fondant en 1912 le groupe de l’Union Française pour le Suffrage des femmes (UFSF) des Ardennes. En 1914, ses premières divergences avec l’UFSF apparaissent. Refusant l’Union Sacrée, Jeanne Mélin regrette l’absence de l’UFSF au Congrès pacifiste de La Haye auquel elle donne son adhésion. En 1918, elle fonde le comité d’action suffragiste prônant le suffrage intégral. De 1919 à 1925, elle milite très activement pour la paix et le droit de vote des femmes, notamment au sein de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (LIFPL). De 1920 à 1923, elle est membre du Parti communiste français. Entre 1925 et 1930, elle quitte provisoirement l’action militante pour se plonger dans l’écriture de romans et de lettres philosophiques, les lettres à Thalès. Au début des années 30, elle cherche à unir les pacifistes divisés en créant le Cercle Pax Orient Occident et adhère aux idées des pacifistes intégraux. Après 1936, elle se retire de la vie publique. La famille Mélin est catholique sans être cléricale. La grand-mère, Constance Dumont, bien que pieuse, refusait l’implication des prêtres dans la vie de famille. Dans ses Mémoires, Jeanne Mélin, qui est baptisée, la présente comme une « vraie républicaine anticléricale » [1]. Le soutien à la République est une valeur importante pour ses proches qui lisent quotidiennement Le Petit Ardennais, dirigé par Emile Corneau. Ce journal quotidien républicain, laïc, ouvert aux francs-maçons, n’hésite pas à mentionner des obsèques laïques et ne manque jamais une occasion de stigmatiser les ecclésiastiques catholiques. Toutefois, Jeanne Mélin reçoit une éducation conforme à celle des jeunes filles de son milieu social au XIXe siècle. Elle fait des études secondaires au pensionnat Sainte-Chrétienne de Carignan alors que son frère est envoyé au lycée de Charleville. Dans ses Mémoires, elle pointe un effet néfaste de son éducation, critiquant l’éducation littéraire qu’elle a reçue. Dans une Lettre à Thalès de février 1928, elle relate aussi l’éveil de sa conscience anticléricale, libre penseuse : « La littérature surtout était mise à un plan d’arrière. Et des philosophes scandaleux, leurs théories connues des pauvres jeunes filles que nous étions, devaient entraîner nos esprits à la dérive en abolissant en nous les croyances dogmatiques. Fi des romanciers et des romancières comme George Sand par exemple, suppôt de Satan. Lire tous ces auteurs, pionniers du progrès de l’esprit humain devait nous conduire tout droit aux enfers. C’était péché mortel ! » [2]. La lecture, adolescente, de Victor Hugo, renforce ses convictions. Dans ses Mémoires, elle insiste sur ses interrogations sur sa foi, sur sa curiosité d’esprit trop vive pour les religieuses : « Cependant, je n’étais pas sans les inquiéter. Lors de retraites organisées par les jésuites, elles me désignaient pour combattre ce qu’elles appelaient ma curiosité d’esprit » [3]. Elle subit alors des crises de conscience. Plusieurs événements familiaux vont la détourner de la religion : le décès de sa grand-mère et la grave maladie de sa mère. Lors de séjours parisiens entre 1896 et 1900 pour les soins maternels, elle séjourne dans une pension de famille tenue par des religieuses et condamne leurs « influences mystiques ». [4]. En 1901, Jeanne Mélin suit avec un grand intérêt les débats à la Chambre à propos de la loi sur les congrégations et les associations. Elle est sensible au discours laïque, libre-penseur, anticlérical de la branche ardennaise de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) qui souhaite simplement défendre la liberté de conscience de chacun et mène une action constante sur la promulgation et l’application de la loi sur la séparation des Eglises et des Etats. Dans cet état d’esprit, Jeanne Mélin adhère naturellement en 1902 à la fédération des Ardennes de la LDH, créée un an plus tôt. Elle y retrouve des similitudes avec ses engagements : le respect de la laïcité, l’anticléricalisme.

Au fil des années, son discours anticlérical s’intègre à sa réflexion féministe. En mars 1912, lors d’une conférence pour l’UFSF dans les Ardennes, elle essaie de convaincre « ceux qui ignorent tout de la question féministe et du mouvement suffragiste, ceux qui le connaissent mal , ceux qui craignent pour la société un recul politique, les femmes indifférentes ou hostiles ». [5]. Elle s’attaque à un cliché véhiculé par les partis de gauche : « Si les femmes votent, ce sont les curés qui votent » [6]. Elle relativise ce poncif, affirmant que de nombreuses croyantes sont « routinières en religion, mais nullement fanatiques » [7]. Pour contrer cette influence de l’Eglise qu’elle juge restreinte, elle fait l’éloge de l’éducation politique de la femme qui permet l’éclosion de son indépendance. A la fin de décembre 1912, Jeanne Mélin évoque pour la première fois en public ses opinions libres-penseuses en invitant dans sa ville de Carignan, près de Sedan, l’avocat libre-penseur Gustave Hubbard [8] pour une conférence sur la Paix et la Libre-Pensée Internationale. Par cette invitation, Jeanne Mélin cherche à rassembler toutes les forces vives susceptibles de mener le combat pacifiste et libre-penseur. L’orateur commence sa conférence en insistant sur le fait suivant : « La libre pensée considérait les Eglises et les Religions comme les auteurs de beaucoup de guerres ». [9]. Il se sert d’images historiques connues de tous - « les croisades, le seigneur béni par un prêtre » - pour dénoncer « cette alliance du militarisme et du cléricalisme qui produisent des effets plus meurtriers encore ». [10]. Cette dénonciation de l’alliance du sabre et du goupillon en faveur de la guerre est un des leitmotivs de l’engagement libre-penseur de Jeanne Mélin. Pendant la Grande Guerre et la première moitié des années 1920, elle n’utilise pas ces arguments libre-penseurs au sujet de la paix et du droit de vote des femmes. En 1927, elle traverse une période personnelle très difficile, marquée par le décès de sa mère et une lassitude de l’engagement militant. Dans Les Lettres à Thalès, elle révèle sa grande vulnérabilité qui se traduit par une exacerbation de ses convictions de libre-penseuse. Elle se sert d’un exemple familial - le mariage de son frère - pour déclencher son courroux. Elle refuse que son frère se marie religieusement. Elle refuse de se rendre à la cérémonie religieuse. Elle rejette ces convenances respectées par tous, ces sociabilités établies dans la France profonde, sacralisant la messe du dimanche et le mariage religieux. Elle fait sa profession de foi de libre-penseuse en affirmant ne porter « aucun respect à ces simulacres de croyances en des religions qu’on ne connaît même qu’imparfaitement et qu’on néglige de pratiquer dans la vie courante ». [11]. Elle reprend à son compte cette idéologie, assimilant les chrétiens, les prêtres à des rats, cherchant à détruire les fondations de la République, à favoriser la guerre, à empêcher les femmes de voter : « Comme ceux des caves, ils [ les rats] se plaisent dans les coins obscurs, y entassant provisions sur provisions, il ne s’agit pour les faire déguerpir que de leur marcher sur la queue, bousculer leurs cachettes et les effrayer avec un peu de vacarme ! » [12]. Jusqu’à l’élection du pape Jean XXIII, elle se complait dans son discours anticlérical. Ensuite, ses convictions semblent fléchir. Elle espère dans son journal intime que le nouveau pape sera l’ « arbitre de la Paix entre les peuples usant de son autorité pour faire l’orgueil des gouvernants ». [13]. En avril 1963, elle rend hommage à la principale revendication de Vatican II qu’elle présente comme le « plus grand tournant de l’histoire de l’Eglise ». [14]. Elle apprécie l’implication de l’Eglise pour « dominer la politique internationale contre la faim et la misère ». [15]. Elle salue l’encyclique « Pacem in terris », proclamée le 11 avril 1963 ordonnant la paix entre les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté. Le pape y établit un principe : « La paix sur la terre, objet du profond désir de l’humanité de tous les temps ne peut se fonder ni s’affermir que dans le respect absolu de l’ordre établi par Dieu » [16]. Il cherche à détruire « les désordres qui opposent les individus et les peuples, comme si la force seule pouvait régler leurs rapports mutuels » [17]. Jeanne Mélin mesure le chemin parcouru, se souvenant de ses démêlés avec le journal conservateur et catholique ardennais, La Dépêche des Ardennes, au début du XXe siècle. En ce même mois d’avril 1963, elle salue le courage du pape Jean XXIII d’imposer une vision sociale grâce à Vatican II. Elle lui voue une grande admiration, appréciant qu’il soit issu d’un milieu modeste et qu’il ait connu la misère dans sa jeunesse. Elle le remercie d’avoir « démontré le bien-fondé de l’œuvre sociale préconisée par les révolutionnaires issus de la philosophie des penseurs les plus persécutés de l’Eglise et des fondateurs des Droits de l’Homme et du citoyen assurant aux peuples la libre disposition d’eux-mêmes » [18]. Jeanne Mélin salue surtout la reconnaissance par le Vatican de l’entrée des femmes dans la vie publique. Ce geste du Vatican va permettre, espère-t-elle, de mettre un terme à la mainmise de l’Eglise sur le vote féminin. En reprenant cet argument, Jeanne Mélin réfléchit en féministe de la première vague. Elle espère toutefois que cette initiative va assouplir la doxa restrictive de l’Eglise sur la « condition féminine » [19]. Un point provoque cependant sa colère : le refus du contrôle des naissances par le Vatican qui préconise plutôt l’amélioration par la science des « ressources alimentaires » [20]. Au contraire, selon Jeanne Mélin, la priorité est la mise en place du contrôle des naissances et la régulation de la misère. Craignant la surpopulation de la planète, elle s’en explique dès 1962 dans son journal intime : « Les familles de plus en plus encouragées par des demandes officielles sont un danger permanent sur les besoins du fait du nombre de bouches à nourrir » [21]. Elle souhaite « réglementer raisonnablement la procréation » qui « va devenir une obligation si on veut éviter la surcharge humaine sur la planète » [22]. Elle reconnaît « l’attachement du pape à une société nouvelle, plus libre et plus humaine » [23]. Après la mort de Jean XXIII, le 22 juin 1963, Jeanne Mélin espère que Paul VI va poursuivre l’œuvre de son prédécesseur [24]. Mais ne nous trompons pas : il ne s’agit pas, au crépuscule de sa vie, d’un retour tardif à la foi catholique. En avril 1964, ses obsèques sont civiles.



[1] Archives Départementales (AD) des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 1. Jeanne Mélin, Mémoires, p.1.

[2] BHVP. Fonds Bouglé. Boite 2. Fonds Jeanne Mélin, Lettres à Thalès, 6 février 1928.

[3] AD des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 1. Jeanne Mélin, Mémoires, p.7.

[4] AD des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 1. Jeanne Mélin, Mémoires, p.6.

[5] BHVP. Fonds Bouglé. Boite 34. Brouillon d’une conférence du 30 mars 1912.

[6] Idem.

[7] Idem.

[8] Gustave Hubbard (1858-1927), député de Seine-et-Oise (1895-1898) et des Basses-Alpes (1901-1906). En 1901, il milite en faveur de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Il dépose des amendements souhaitant la fermeture de l’ambassade de France auprès du Vatican.

[9] Le Petit Ardennais, 27 décembre 1912.

[10] Idem.

[11] BHVP. Fonds Bouglé. Boite 1. Fonds Jeanne Mélin, Lettres à Thalès, 28 mars 1927.

[12] Idem.

[13] AD des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos ardennais, 30 octobre 1958.

[14] AD des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos psychocosmiques, 11 avril 1963.

[15] Idem.

[16] Encyclique Pacem in terris (11 avril 1963), cité in Paul Dreyfus, Jean XXIII, Fayard, 1979, pp. 377-382.

[17] Idem.

[18] AD des Ardennes. Collection Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos psychocosmiques, 11 avril 1963.

[19] Idem.

[20] Idem.

[21] Archives Départementales des Ardennes. Collection Jeanne Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos européens, 30 mai 1962.

[22] Ibid.

[23] Archives Départementales des Ardennes. Collection Jeanne Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos psychocosmiques, 27 mars 1963.

[24] Archives Départementales des Ardennes. Collection Jeanne Mélin. 15 J 3 (1). Jeanne Mélin, Libres propos psychocosmiques, 24 juin 1963.

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Mercredi 29 août 2007 3 29 /08 /Août /2007 09:15
This morning, sun rise behind the clouds.
The Beatles were singing for me.
http://www.youtube.com/watch?v=RuUhZxkr194

P1040706.JPGP1040714.JPG

Sun rise this morning on the lake Amance.
You may hear the Beatles on
http://www.youtube.com/watch?v=RuUhZxkr194
video from a young bresilian lady
http://www.youtube.com/watch?v=RuUhZxkr194

Lever de soleil   ce matin sur le lac Amance depuis la digue de Radonvilliers.
Les Beatles chantent "Here comes the sun"
http://www.youtube.com/watch?v=RuUhZxkr194
vidéo d'une jeune brésilienne
http://www.youtube.com/watch?v=RuUhZxkr194
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Dimanche 19 août 2007 7 19 /08 /Août /2007 22:12
Un film essai à voir, acheter ou emprunter dans votre médiathèque 


LA FABRIQUE DE L'HOMME OCCIDENTAL
   
     
 
  Réalisateur Gerald CAILLAT
  Producteurs IDEALE AUDIENCE
INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL
  Durée 1h13min48s
  Année 1996
  Date de sortie en salle 23/04/97
  Catégorie Programme unitaire
  Genre Essai
  Programme co-produit par ARTE France
 
  Un prolongement cinématographique de l'oeuvre de Pierre Legendre aux confins de l'histoire du droit, de la psychanalyse et de la sociologie. Le film analyse l'avènement de l'homme occidental à travers quelques situations privilégiées : une convention d'entreprise, des audiences au Vatican, la mise en place d'un défilé militaire...
 
  Y a t-il dans la fabrique de l'homme un secret ? Qui a le pouvoir d'instituer l'humain ? Pierre Legendre, historien du droit et des institutions, spécialiste du phénomène religieux, visite les coulisses de la construction humaine, analysant nos rites, nos emblèmes et nos images.
Un voyage en six séquences au sein des grandes institutions fondatrices des sociétés occidentales d'aujourd'hui : la construction de la Salle des Audiences du Vatican, la préparation du défilé militaire du 14 juillet, un célèbre attentat ayant valeur de parricide, une institution d'accueil de mineurs, l'école de danse de l'Opéra de Paris, la convention d'une entreprise multinationale, une greffe de coeur... Six interrogations sur les manières humaines de rendre le monde habitable, pour échapper à l'abîme de notre origine introuvable et repousser l'angoisse de notre mort.
Le commentaire de Pierre Legendre, permet au spectateur de comprendre la cohérence du trajet. Religion, Pouvoir, Justice, Education, Culture, Management, Science, autant de thèmes abordés au cours de ce passionnant voyage à la recherche des fondements de notre société occidentale et des motifs éternels des comportements humains.
 

 
  Générique
 
  REALISATEUR Gerald CAILLAT
  AUTEUR Gerald CAILLAT
  PRODUCTEUR IDEALE AUDIENCE
  AUTEUR Pierre LEGENDRE
  PRODUCTEUR INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL
  AUTEUR Pierre Olivier BARDET
  CADREUR Eric GUICHARD
  SON Pascal ROUSSELLE
 

 
  BIOGRAPHIE
 
  Gerald CAILLAT
  Gérald Caillat est titulaire d'une maîtrise d'Ethnologie et de Mathématiques. De 1975 à 1986, il réalise plusieurs films expérimentaux (super 8 et 16 mm), courts-métrages (16mm et 35 mm) et travaille dans l'Unité de production et de recherche de l'INA. En 1987, il réalise sa première série documentaire pour La Sept, "Météore", série de 30 documentaires historiques d'une minute. Après, "13" ou l'histoire d'Apollo 13", un documentaire-fiction, il réalise, de 1989 à 1993, le magazine "Opéra" diffusé sur FR3 dans le cadre des émissions "Océaniques". Il réalisera 22 émissions sur des chanteurs, compositeurs, et opéras. En 1995, il reprend la réalisation de documentaires. Ses films ont souvent pour sujet la musique ou l'opéra (portraits, histoire...). Il réalise en 1996, "La fabrique de l'homme occidental", son premier film en collaboration avec l'historien Pierre Legendre. En 2000, il réalisera à nouveau avec lui "Miroir d'une nation, l'Ecole Nationale d'Administration". Il vient de finir la réalisation de " L'Art du chef d'Orchestre II", film rassemblant un grand nombre d'archives rares et inconnues consacrées aux plus grand noms de la direction d'orchestre.
 

 
  FILMOGRAPHIE
  Gerald CAILLAT
  2004 Le manuscrit disparu ou l'histoire des contes d'Hoffmann 55'
2004 Aux frontiere du fantastique "l'homme et l'animal" 52'
2003 Ferenc Fricsay, une vie trop courte 52'
2002 Coline Serreau repete Rossini 30'
2002 L'art du chef d'orchestre II (documentaire) ARTE
2001 Stéphanie d'Oustrac 26' (documentaire)
2000 Don Quichotte à la Bastille 26' (documentaire)
2000 Miroir d'une nation, l'école nationale d'administration 90' (documentaire) ARTE
1998 Une voiture est née 55' (documentaire) ARTE
1997 Opéra et troisième Reich 55' (documentaire) ARTE
1997 Passion Callas 75' (documentaire) ARTE
1996 La fabrique de l'homme occidental 75' (documentaire)ARTE
1996 Hippolyte et Aricie 55' (documentaire)
1995 L'album souvenir d'Elisabeth Schwarzkopf 58' (documentaire) ARTE
1995 Un bel di... 52'(documentaire)
1989/93 L'opéra Bastille en question 52' (documentaire)
Mozart, un autre regard 52' (documentaire)
Gérard Mortier - dix ans d'opéra 52' (documentaire)
1988 13" ou l'histoire d'Apollo 13 (documentaire-fiction)
1987 Météore (série documentaire, 30x1')
 

Une interview de Pierre Legendre dans Le Monde

"Nous assistons à une escalade de l'obscurantisme"

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Entretien avec Pierre Legendre :

Lundi 22 octobre 2001 (LE MONDE)


Au moment où l'État tend à se dessaisir de ses fonctions de garant de la raison et où le droit n'est plus qu'une machine à enregistrer des pratiques sociales, la souveraineté du fantasme appelle le nihilisme

"Vous avez consacré une grande part de votre énergie à rendre compte de la "construction anthropologique occidentale". Vous vous êtes interrogé, tout au long de votre œuvre, sur le sens des règles de droit et sur leur légitimité. Vous avez montré que l'Etat était jusqu'à présent le garant de la raison. Ce qui s'est passé le 11 septembre à New York signifie-t-il qu'il ne l'est plus ?

- On ne peut pas imposer par la force ce qui doit être conquis. La démocratie a été une conquête en Occident, jusqu'au moment où elle s'est retournée en devenant la caserne libertaire. De mon point de vue, il y a connivence de fait entre l'idéologie libertaire et l'ultralibéralisme. Figurez-vous qu'après la chute du mur de Berlin, Harvard Business Review a publié un article intitulé "La démocratie est inévitable". Désormais, on vous imposera la démocratie comme le business, y compris sur le mode de la menace. J'ai vu en Afrique les Etats potiches que nous avons fabriqués. Sans tradition administrative, ils ne pouvaient qu'être corrompus. Ainsi ai-je vu par exemple vendre des diplômes. La doxa de l'ONU et de l'Unesco affirmait péremptoirement que partout où le progrès technique s'installerait, la religion se folkloriserait ou disparaîtrait. J'ai pensé qu'il fallait, au contraire, travailler à faire coexister l'éducation traditionnelle, y compris l'école coranique, avec l'enseignement moderne et prendre le temps de ce métissage. Aussi ai-je dit à l'un de mes mandants qui professait ces thèses : "A mon avis, l'islam reviendra, le couteau à la main." Nous y sommes. Les institutions démocratiques ne s'imposent pas, elles doivent être conquises par les États et par les sujets.

- Mais justement, chez nous, les jeunes générations ont-elles les moyens de conquérir ces institutions démocratiques ?

- Non. La débâcle normative occidentale a pour effet la débâcle de nos jeunes : drogue, suicide, en un mot nihilisme. Notre société prétend réduire la demande humaine aux paramètres du développement, et notamment à la consommation. L'an dernier, le PDG du groupe Vivendi a dit : "Le temps politique classique est dépassé ; il faut que le consommateur et les industriels prennent le leadership." Voilà l'abolition des États programmée.

- Vous rapprochez donc le jeune Occidental qui ne sait plus donner du sens à sa vie et l'islamiste qui s'abandonne à son fantasme de mort ?

- La souveraineté du fantasme appelle le nihilisme. Dans Les Possédés de Dostoïevski, Kirilov se suicide pour prouver qu'il est à lui-même le principe de raison. En se tuant, il croit supprimer chez l'homme la souffrance et la peur, et prouver que l'humanité peut se surmonter elle-même, devenir Dieu. Nous assistons à une escalade de l'obscurantisme. Voyez, aux États-Unis, ce que certains technocrates et universitaires appellent le transhumanisme, la post-humanité qui comporte la résolution intégrale du problème de la mort (sic). Freud avait bien aperçu le creuset délirant de la raison que les religions prennent en charge en métabolisant le meurtre. Le meurtre habite l'esprit de l'homme. Dans l'entreprise, la concurrence est un meurtre transposé ; en politique, les élections le sont aussi : on renvoie son adversaire dans ses foyers. On ne rendra pas la vie supportable par des raisonnements scientifiques ou de bons sentiments, mais par des interprétations cohérentes qui peuvent exiger de chacun une part de sacrifice pour qu'on ne donne pas, par exemple, de leçons à autrui au nom de nos propres aveuglements.

- Comment le spécialiste du droit romain et du droit canonique que vous êtes a-t-il articulé son savoir avec la psychanalyse pour ouvrir le champ de cette "anthropologie dogmatique" qui structure votre travail ?

- Je me suis donné plusieurs formations. L'une d'elles, le droit romain et l'histoire du droit, a fait de moi un professeur agrégé d'histoire du droit en 1957. Les droits romain et canonique sont le cœur méconnu des sciences juridiques, qui contiennent les éléments refoulés de la construction de l'Occident. La grande querelle de l'Occident romano-canonique chrétien avec la tradition juive est aux sources d'une conception religieuse et politique de l'État qui a retenu toute mon attention. Remarquez que l'étymologie du mot État implique en général un complément de nom (l'état de quelque chose) et évoque la station verticale. L'État est la construction normative, institutionnelle, qui fait tenir debout quelque chose d'essentiel à la vie sociale. Dans le même temps, je me suis donné une formation économique. J'y ai ajouté une ! formation littéraire qui incluait la philosophie, la sociologie et la morale. Etudiant, à la fin des années 1950, j'ai eu vent de l'existence de la psychanalyse. Bientôt, j'ai commencé à fréquenter un divan. La psychanalyse sentait le soufre et son usage était alors occulte. Enfin, la fréquentation des arts, et notamment de la poésie, m'était très chère.

- En quoi le droit romain nous concerne-t-il aujourd'hui ? Informe-t-il seulement notre corpus juridique ?

- Non, il explique aussi une grande part de la réalité sociale. Armature du christianisme, il est porteur de rituels, de liturgies, d'une certaine tolérance d'autres cultures, dont Justinien, au VIe siècle, précise remarquablement les limites : "Les juifs se livrent à des interprétations insensées."

- De votre point de vue, l'antijudaïsme chrétien qui a survécu jusqu'à nos jours, et a, en partie, fécondé l'antisémitisme raciste, tient-il sa puissance du droit romain ?

- La tragédie ultime du XXe siècle, la Shoah, suppose des siècles et des siècles de haine. Je suis un homme du passé et de l'avenir lointain. Je n'habite pas le présent, car j'ai compris la nécessité de combattre la mémoire courte. J'ai vécu avec des hommes du texte, ces médiévaux pour qui l'historique est une affaire géologique, sédimentée : le passé est toujours là, présent, et le futur est là, devant nous. Le mot antisémitisme est récent. Dans ma plongée dans les littératures latines de chancellerie, j'ai été frappé par la violence antijuive de certains textes pontificaux du XIIIe siècle. Le pontife romain se considère aussi comme le pape des juifs et stigmatise la circulation d'interprétations non conformes des textes sacrés par les rabbins. Le système romano-chrétien évacue la circoncision malgré la matrice biblique, mais le corps, refoulé par le christianisme, revient sous la forme du centralisme papal. On disait autrefois de l'empereur romain qu'il avait "tout le droit dans l'archive de sa poitrine": la corporéité de la lettre s'incarne dans l'empereur, puis dans le pape, interprète unique et souverain de la parole.

- Comment ne pas penser à la façon dont Ernst Kantorowicz a fait du souverain l'énonciateur de la loi, le corps du pouvoir. Est-ce dans la même perspective que vous montrez que le corps ne se réduit pas au biologique, que, chez l'homme, la vie de la représentation prime sur la vie animale et qu'il n'y a pas de corps sans fantasme du corps ?

- J'ai correspondu avec Kantorowicz. J'ai fait traduire ses articles aux Presses universitaires de France. L'anthropologie travaille à la fois l'image, le corps et le mot. Comme lui, je pense que la modernité commence au XIIe siècle avec le Moyen Age classique, quand le christianisme latin s'est approprié le legs historique du droit romain en sommeil depuis plus de 500 ans. Ce fut le début de l'État moderne, qui bat aujourd'hui en retraite sous les coups de l'affirmation de l'individu. Et les États contemporains se lavent les mains quant au noyau dur de la raison qui est la différence des sexes, l'enjeu œdipien. Ils renvoient aux divers réseaux féodalisés d'aujourd'hui l'aptitude à imposer législation et jurisprudence. Pensez aux initiatives prises par les homosexuels. Le petit épisode du PACS est révélateur de ce que l'État se dessaisit de ses fonctions de garant de la raison. Freud avait montré l'omniprésence du désir homosexuel comme effet de la bisexualité psychique. Un exemple de transposition culturelle : le rituel monastique qui chante Jésus en l'appelant "notre Mère". La position homosexuelle, qui comporte une part de transgression, est omniprésente. L'Occident a su conquérir la non-ségrégation, et la liberté a été chèrement conquise, mais de là à instituer l'homosexualité avec un statut familial, c'est mettre le principe démocratique au service du fantasme. C'est fatal, dans la mesure où le droit, fondé sur le principe généalogique, laisse la place à une logique hédoniste héritière du nazisme. En effet, Hitler, en s'emparant du pouvoir, du lieu totémique, des emblèmes, de la logique du garant, a produit des assassins innocents. Après Primo Levi et Robert Antelme, je dirai qu'il! n'y a aucune différence entre le SS et moi, si ce n'est que pour le SS le fantasme est roi. Le fantasme, comme le rêve qui n'appartient à personne d'autre qu'au sujet (personne ne peut rêver à la place d'un autre), ne demande qu'à déborder. La logique hitlérienne a installé la logique hédoniste, qui refuse la dimension sacrificielle de la vie. Aujourd'hui, chacun peut se fabriquer sa raison dès lors que le fantasme prime et que le droit n'est plus qu'une machine à enregistrer des pratiques sociales.

- Votre passage par l'Afrique a joué un grand rôle dans votre conception du droit. Il vous a permis de relativiser nos valeurs occidentales et de lire, partout dans le monde, ce dessaisissement d'un État instituant. Vous y avez observé les édifices institutionnels par lesquels des sociétés comme la nôtre répondent à l'angoisse existentielle.

- J'ai travaillé au Gabon avec une entreprise qui vendait du développement, avec les Nations unies au Congo ex-belge, puis au Mali avec l'Unesco. J'ai compris que ma formation de juriste préoccupé des textes du Moyen Age m'était bien plus utile que les sciences économiques. Je voyais, en effet, dans les écoles coraniques des enfants réciter rituellement des versets dans la langue sacrée du Coran, qui n'était pas la leur, exactement comme les glossateurs médiévaux transmettaient en latin le droit romain disparu. Je découvrais l'égalité de tous devant la vie de la représentation : l'État occidental n'est qu'une forme transitoire de cette vie. Il reproduit du sujet institué, en garantissant le principe universel de non-contradiction : un homme n'est pas une femme, une femme n'est pas un homme ; ainsi se construisent les catégories de la filiation. La fonction anthropologique de l'État est de fonder la raison, donc de transmettre le principe de non-contradiction, donc de civiliser le fantasme. L'État, dans la rationalité occidentale, est l'équivalent du totem dans la société sans État. En Afrique, il y a aussi un au-delà de l'individu qui est peut être en train de se perdre chez nous."

Propos recueillis par Antoine Spire

Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Lundi 6 août 2007 1 06 /08 /Août /2007 12:10
Il est partout.
Je suis partout...

Un modèle de lettre de dénonciation conservée aux Archives Nationales (et publiée sur le blog de Thucydide).

http://perso.orange.fr/arkham/thucydide.html

Doc 5 : Une lettre de dénonciation " ordinaire "

MORAL EN VALLOIRE, le 19 août 1942

Monsieur le Chef de Cabinet de l'Éducation nationale, Vichy, Allier

je suis Lucien REBATET, l'un des plus anciens et des principaux collaborateurs de JE SUIS PARTOUT1. Je vous écris sur le conseil de mon ami Robert BRASILLACH. Je viens vous signaler aujourd'hui un cas qui me semble particulièrement "pendable".

Je fais actuellement un séjour de vacances dans mon pays natal. Dans la commune voisine de la mienne est installée depuis un an environ une Ecole de Cadres du Secrétariat de la Jeunesse, l'Ecole du Château de la Peyrouse, à St-SORLIN-en-VALLOIRE (Drôme).

Le chef de cette école des Cadres, Monsieur D., m'a été présenté il y a quelques jours. Nous avons eu ensemble une longue conversation. Soit que Monsieur D. ignore mes sentiments et notre action à Paris, soit qu'il s'estime intangible, il a entièrement vidé son sac en ma présence. Cette profession de foi, faite d'un ton d'assurance et d'arrogance extrêmes, peut se résumer ainsi :

- mépris exprimé dans les termes les plus injurieux pour tout l'ensemble du Gouvernement;

- hostilité particulièrement virulente à l'endroit du président Laval et de sa politique extérieure, considérée comme une trahison;

- apologie de la dissidence gaulliste, des terroristes communistes, de l'Angleterre, de l'Amérique et de Moscou;

- judéophilie passionnée, présentée selon l'argumentation démocrate-chrétienne, habituelle à ce genre de personnages.

Une enquête, à laquelle je me suis livré depuis, me permet d'affirmer que Monsieur D. est auprès de la population de la contrée, un des agents les plus actifs de la propagande anglaise, moscovite et juive. Si mon témoignage contre ce dernier ne suffisait pas, je pourrais en fournir d'autres, en particulier celui de mon ami Monsieur G. A., industriel, militant nationaliste et collaborationniste, très connu dans le département de la Drôme.

Nous ne sommes pas à JE SUIS PARTOUT des maniaques de l'épuration, acharnés à poursuivre les instituteurs anciens S.F.I.O2. ou les vétérinaires soupçonnés de maçonnerie3. Mais nous estimons, Brasillach et moi-même, que la présence à la tête d'un organisme officiel de la Jeunesse, d'un agent avéré de la propagande ennemie constitue un scandale absolument intolérable. Nous vous en faisons juge avant de rendre public par les moyens dont nous disposons, l'agissement de ce personnage. Nous espérons fort que cette campagne de presse ne sera pas nécessaire et que le cas de Monsieur D. pourra être promptement tranché.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de ma vive considération.

Archives Nationales, inédit.

1. Journal d'extrême-droite favorable à l'Allemagne et au régime de Vichy

2. Parti politique de gauche, " ancêtre " du parti socialiste

3. La Franc-maçonnerie : association, en partie secrète, à caractère philanthropique (qui s'emploie à améliorer le sort des hommes), les franc-maçons se posent en défenseurs des valeurs républicaines depuis le XIXe siècle et ont été pourchassés par le régime de Vichy

 

Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /Août /2007 10:10
Exploser avant d'être vieille
 

Sylvain Cormier
Édition Le Devoir de Montréal  du vendredi 03 août 2007

Mots clés : culture, Juliette Gréco, FrancoFolies de Montréal, Montréal 

juliette gréco déshabillez moi 

http://www.dailymotion.com/video/xfxe1_juliette-greco-la-javanaise

 

«Ça veut dire quoi, la retraite? C'est pas le genre de choses qui me tracasse. Je pense à la mort, pas à la retraite. La mort, très bien. Ça ne me gêne pas. Retraite, c'est un mot affreux. Même en guerre, la retraite, c'est pire que tout», dit Juliette Greco.

Photo: Jacques Grenier

Juliette Gréco en conférence de presse, c'est à chaque fois se souvenir pourquoi on l'aime tant, pourquoi les poètes, les chansonniers, les comédiens, Sartre autant que Miles, Prévert autant que Piccoli, ont été fous d'elle: l'intarissable fontaine de Jouvence dans le regard et le sourire, l'extraordinaire vivacité d'esprit dans la moindre réplique, l'appétit insatiable qui la fait mordre dans chaque mot. C'était hier midi, aux Francos. Demain, elle chantera à la PdA.

La voilà. Soutenue par Guy Latraverse qui aurait lui-même besoin de soutien, elle gravit trop prudemment à son goût les marches de la petite estrade où chaise, table et micros l'attendent en ce jeudi midi pour sa conférence de presse des FrancoFolies. Les flashs l'éblouissent, rendant sa blanche peau presque spectrale. Une morte-vivante, Juliette Gréco?

Que nenni. Elle sourit et la vie lui fait la fête comme en 1947 au Tabou. Elle sourit et elle n'a plus 80 ans, n'a jamais eu 80 ans, n'aura jamais que vingt ans quatre fois, toutes les fois que vous voulez, éternellement gamine et coquine et coquette. Et opiniâtre. Et formidablement vive: non seulement elle a réponse à tout, elle a des réponses à la fois parfaitement spontanées et parfaitement formulées. Experte ès citations. On se dit qu'elle aurait pu écrire de grandes chansons, avoir osé. Mais comment oser écrire des chansons quand on a eu Prévert, Queneau, Sartre, Brel, Ferré, Gainsbourg et tous les autres génies des alentours qui, pantelants de désir, ont fait la queue leu leu à sa porte avec des rimes riches en cadeau?

Alors elle n'écrit pas. Elle chante. Elle parle, aussi. De ce qu'on veut, mais à sa façon. Première question? Quelqu'un lui demande ce que ça lui a fait d'enregistrer Les Amants d'un jour, après Piaf. «Du bien. Mais j'ai j'expliqué pourquoi, dans le disque.» Retournez à vos devoirs, monsieur le journaliste, semble-t-elle intimer. Elle répète quand même l'anecdote relatée dans le livret de l'album Le Temps d'une chanson, gravé en 2006 à New York et composé de chansons qui ne lui étaient pas destinées et qu'elle n'a jamais enregistrées. Ses chansons préférées. «J'étais toute débutante, je suis allée chez [la compositrice] Marguerite Monnot, elle m'a joué plusieurs choses et, sur le piano, il y avait une petite feuille jaune, dactylographiée comme ça, j'écoutais ce qu'elle me disait et je lisais en même temps du coin de l'oeil ce texte, et je lui ai dit: "Et ça?" Elle me dit: "Ça? Si je vous donne ça, Édith me tue."»

Questions d'office, feu d'artifice

C'est la litanie des questions d'office. Ce que ça lui fait de venir chanter à Montréal? «Plaisir. Un grand bonheur, mais sincèrement, pas pour vous faire plaisir.» À quoi les spectateurs doivent-ils s'attendre du spectacle de samedi soir au théâtre Maisonneuve de la PdA? «Chacun le reçoit comme il veut.» Et si ça ne vous plaît pas, c'est le même prix, comprend-on. On sait qu'elle chantera à nouveau avec Diane Dufresne. Le 26 juillet 2001, aux Francos aussi, elles avaient partagé La Javanaise de Gainsbourg. Exception. Juliette Gréco n'aime pas les duos. «Je déteste ça. Ça m'embête à mourir. J'ai fait ça avec Diane Dufresne et Abd al Malik. Basta!» Créant l'émoi et l'événement, Malik a en effet rejoint Gréco sur scène à Bourges ce printemps, le temps de dire et chanter ensemble Né quelque part, chanson-manifeste de Maxime Le Forestier («Est-ce que les gens naissent / Égaux en droits / À l'endroit / Où ils naissent?»). «Y a des gens qui inspirent et d'autres qui n'inspirent pas», offre Gréco pour toute justification. À son retour en France, elle reprendra Né quelque part avec l'auteur même, «en hommage à Jean-Claude Brialy». Pourquoi? «Parce que la chanson est faite pour être servie de cette manière-là ce soir-là.» Y sera-t-elle confortable? «Pas terrible. Mais bon. Du moment que je suis en face de quelqu'un que j'aime, ça va.»

Prochaine question? Une journaliste se présente. La légende vivante fait de même: «Bonjour, mon nom est Juliette.» Rires. Elle parle avec emphase de Diane Dufresne. On apprend qu'elle a... un Diane Dufresne chez elle. Un tableau. «Elle a tous les talents, cette coquine.» Quelqu'un qui n'a pas écouté (entendu?) les réponses précédentes lui demande si Diane et elle seront ensemble sur scène. Juliette, pas vilaine, répond sur le mode ludique. «J'espère bien! On va pas chanter l'une dans les coulisses, l'autre sur scène!» Comment vit-elle l'attente? Drôle de question. Réponse étonnante. «L'une des particularités de ce métier, c'est que vous dépendez entièrement, totalement et absolument de la demande. Comme les comédiens, comme les gens de cirque. C'est un métier très cruel. Je n'ai pas beaucoup attendu dans ma vie, et merci beaucoup.» On lui rappelle qu'elle fête son 80e anniversaire. Juliette Gréco fait la moue, maugrée: «Je fête, je fête... » Rires.

La ronde des questions tourne et tourne en rond. Que demander? Ce qu'elle va nous chanter? «Plein de trucs. Tout un panorama. Pas mal de choses du dernier disque.» Bien sûr, le choix est grand, trop grand: plus de mille chansons enregistrées. «Terrible, terrible. C'est déchirant. Je ne chante que ce qui nous tient à coeur et au coeur.» Nous, c'est elle et Gérard Jouannest, son compagnon, l'illustre pianiste et compositeur, complice de Brel... et d'Adb al Malik, à qui il a fourni trois musiques pour l'album Gibraltar. À un moment donné, Juliette présente son Gérard, assis parmi les journalistes. La discrétion faite homme. L'accompagnateur idéal. Question? Un ange passe. Une nuée d'anges passe. Puis quelqu'un se lance. Gréco l'icône, la Grande Dame de la chanson, ça vous embête? «Je regarde derrière moi pour voir qui c'est. Je ne me sens rien d'autre que ce que je suis, c'est-à-dire peu de chose.» On évoque les prochains adieux à la scène d'Henri Salvador. «Il a raison, il a 90 ans!» La salle croule. «Puisqu'il le fait, il a raison, il doit savoir pourquoi. Ce qui est tout à fait rassurant, c'est qu'il continue d'enregistrer. Donc, on ne le perdra pas.» Ce qu'elle fera quand elle sera vieille? «Je pense que je vais exploser avant.» La retraite? «Ça veut dire quoi, la retraite? C'est pas le genre de choses qui me tracasse. Je pense à la mort, pas à la retraite. La mort, très bien. Ça ne me gêne pas. Retraite, c'est un mot affreux. Même en guerre, la retraite, c'est pire que tout.»

Oui à la violence, non à la violence

C'était inévitable, on lui demande quelle chanson la représente le mieux. «Aucune, tranche-t-elle. Aucune et toutes. Tout me ressemble, et rien n'est moi.» Tout aussi inévitablement, on veut savoir qui elle aime dans la chanson d'aujourd'hui. «Y en a plein. Des tonnes de filles, Olivia Ruiz, Camille. Des garçons aussi, Bénabar, Biolay. Quoique Biolay ne soit pas hyper sympa quelquefois. C'est son caractère, il est ainsi fait.» Gréco aussi est ainsi faite: elle dit toujours ce qu'elle pense. Deux minutes plus tard, elle parle encore d'Abd al Malik, qu'elle a croisé la veille à l'hôtel. «C'est un délicieux garçon. Il n'a aucune violence... Si, il a la violence de l'amour.» Violence de l'amour? «La violence, c'est bien, mais pas trop, pas tout le temps, mais pas de manière noire et sanglante. La violence dans l'amour, c'est parfait. C'est un sentiment fort que je peux comprendre très bien. La violence dans la défense d'un enfant, oui. Mais la violence pour la violence, non. Alors, un garçon comme lui me rassure. En plus, il est beau et il bouge magnifiquement.» Sacrée Juliette. Sensuelle Gréco. Un peu plus et elle nous chantait Déshabillez-moi.

On apprendra aussi que l'avenir de l'humanité l'inquiète et qu'elle n'utilise pas Internet. Enfin, pas personnellement. Par personnes interposées. «Je sais téléphoner, en revanche. Téléphone et fax, ça chauffe!» Rigolade. Dernière question? Beau sujet, pour changer: la liberté. «La liberté, c'est ce qu'il y a de plus important sur cette terre. Être libre de lire, de s'exprimer, de penser. C'est pourquoi il faut combattre l'analphabétisme. Il faut apprendre à lire, à écrire. Autrement, on ne peut pas se défendre.» Applaudissements. Rideau.

Collaborateur du Devoir

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    http://www.dailymotion.com/video/xfxe1_juliette-greco-la-javanaise

    • Auteur : poulbot64
    • Durée : 00:03:33
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    Description :
    juliette la grande

    Description :
    juliette la grande

    Vidéo ajoutée le : 24-02-2007 22:25:17
    Catégories : Musique
    Mots-clés : francaise chanson

    Langue : Français
    Lieu de tournage : France / 64000


    Adresse de la vidéo : http://ma-tvideo.france3.fr/video/iLyROoaftwqu.html
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Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /Août /2007 09:26
La délicieuse défense du « droit d'être comme ne sont pas les autres »
Réflexions sur le livre de Catherine Kintzler Qu’est-ce que la laïcité ?

par Edith Bottineau-Fuchs (1)

En ligne le 20 mars 07

Voilà un essai joyeusement insolent, et dépourvu de toute inutile raillerie polémique.
Il y a quelque chance que le lecteur ait le sentiment, avant la page soixante-huit, fin de la première partie, d’avoir été entraîné à une vitesse vertigineuse. Pourtant, avec une clarté entière, Catherine Kintzler avance pas à pas, sans rien enjamber. Cette maîtrise-là est le comble de la vraie culture et de la véritable conviction : c’est qu’il s’agit, de l’aveu même de l’auteur, d’un « parcours philosophique complet », à faire tenir d’abord en quelque soixante pages, pour le « déplier » ensuite, sous les espèces du choix des extraits dont les commentaires nourris reprennent  et parachèvent l’argumentation de la première partie.
C’est à cette dernière que nous nous consacrons.



Quatre parcours

S’il est, pour celui qui écrit, plus long de « faire court » plutôt que long, c’est évidemment l’inverse qui est vrai pour le lecteur. Que ce dernier ne s’inquiète pas ! Quoi qu’il fasse, pour peu qu’il prenne le temps de se laisser guider, il sortira de là, à coup sûr, éclairé, et donc tonifié.
Osons un banal conseil : il paraît judicieux de lire deux fois l’Introduction - certes, en commençant ; mais surtout en y revenant après avoir tout lu. Osons en outre un rappel : l’écrit ne peut pas ne pas paraître avancer linéairement. Pourtant, il semble requis de chercher par quelles couches, comme on parle de sédimentations géologiques, il s’édifie. Suggérons-en au moins quatre ou, si on préfère, un quadruple parcours. L’un débute, « tambour battant », par la fondation philosophique de la laïcité (pp. 8 à 36) ; l’autre la reprend sur le terrain cette fois des réalités phénoménales (36 à 68) ; en outre, à l’intérieur de ce double travail, les pierres d’attente sont posées de sorte que le lieu d’insertion des références à Locke, Bayle, Rousseau, Condorcet est ménagé. Enfin, tout est ramassé et repris autrement par les commentaires des extraits choisis : ceux-ci, loin de venir illustrer ou conforter un propos, constituent un moment de l’argumentation.
Il n’est pas question ici de chercher à répéter cette argumentation : aucune intrigue policière ne peut, croyons-nous, susciter autant de curiosité que l’argumentation philosophique et les moments où le lecteur n’anticipe nullement la façon dont l’auteur va « s’en sortir »..

Prenons le parti du désordre pour garder intact l’étonnement du lecteur, et soulignons d’abord ce qui, dans la façon dont C.K. attrape la laïcité, nous a paru profondément « inactuel » et novateur, tant en ce qui touche au propos défendu qu’à la démarche adoptée. Dès lors que nous n’exposons pas l’argumentation, nous nous autorisons à séparer arbitrairement propos et méthode.



De la tolérance à l'hypothèse de la déliaison fondatrice

Quant au propos donc : la partie la plus visible porte sur la profonde différence de nature qui sépare la tolérance de la laïcité - ce qui explique la présence conjointe de Locke et de Condorcet, bien entendu. Un pas de plus : seule la tolérance peut être « élargie » aux incroyants (d’où Bayle) tandis que « laïcité élargie » serait un carré circulaire.
Si d’abord les trois - tolérance, tolérance élargie, laïcité - paraissent constituer des options possibles, en juxtaposition sur les étagères des goûts et des couleurs subjectifs ou objectifs, C.K. va effectuer un premier retournement pour montrer qu’en vérité, seule la laïcité vaut au titre de condition de possibilité de la cohabitation des libertés, c’est-à-dire de la garantie et de la protection, pour chacun, de sa « liberté de conscience » : cette coexistence pacifique requiert l’abstention de la puissance publique, à l’endroit de toute foi comme de toute croyance.
Ce premier renversement audacieux va aussitôt s’élever à sa propre condition : le suspens à l’égard de toute foi signifie sans conteste le suspens à l’égard de tout lien d’appartenance. Ce « vide », ainsi que C.K. le nomme par analogie avec le tube de Newton, va devenir l’ultime centre fondateur du champ politique. L’auteur va ensuite « déplier » cette audace, et aussi montrer que, si ces formulations sont siennes, l’idée de la « déliaison sociale » comme condition du lien politique n’est cependant pas si rare - ce qui nous vaut, en particulier, un détour fort original par Rousseau (sur lequel nous reviendrons tout à l’heure).


Une double démarche, régressive et déductive

Disons maintenant un mot de la démarche. La prudence d’un ordre d’exposition pas à pas ne doit nullement faire croire à une avancée linéaire progressive : l’ordre de la rédaction n’a jamais coïncidé avec l’ordre des pensées.
Il nous semble pouvoir distinguer d’un premier moment régressif une « redescente », elle-même assortie, sans difficultés majeures, de plusieurs corollaires.
La régression remonte au pôle de renvoi « transcendantal » : le « vide » qui vient d’être évoqué est saisi dans sa coïncidence avec la fiction juridique du sujet de droit. Filons l’analogie : vu le vide de toute détermination empirique, l’absolue abstraction des purs sujets-atomes, va-t-il falloir inventer un clinamen apte à permettre leur rencontre comme citoyens politiques, ou bien aucune intersection des trajectoires des «  atomes » n’est-elle requise ? Quoi qu’il en soit, c’est la liberté du sujet pur qui permet de redescendre vers l’instruction et la constitution des sujets par l’école , dans leur possible et singulière autonomie. C.K. redescend donc de ce pôle du « vide » auquel renvoie, transcendantalement, la vraie coexistence des libertés extérieures ; de là se déduit, systématiquement cette fois, ce par quoi l’ouvrage commence, en juxtaposant dans leurs écarts tolérance-tolérance élargie-laïcité. Le tableau de la page 28, loin de n’avoir qu’une vertu pédagogique de récapitulation, vaut pour contre-épreuve du bien fondé de ce qui a été avancé. La capacité d’embrasser le tout des situations historiquement envisageables signe la pertinence des vues défendues en témoignant qu’une pensée véritable se reconnaît à sa concrétude. Il n’est dès lors pas très étonnant de voir comment la rationalité de la double démarche régressive et déductive conduit, comme par la main, à trancher clairement quantité d’objets de débats indéfiniment ressassés depuis plusieurs années : on en finit enfin avec la situation dans laquelle l’un « trait le bouc tandis que l’autre tient la passoire ».


Dépassement des vieux débats

Nous ne donnerons que quelques exemples : ainsi en est-il du refrain omniprésent de l’appel aux « valeurs ». A l’émouvante indétermination concernant la nature précise des dites « valeurs », C.K. oppose la nécessité pour chacun, tout particulièrement pour chaque élève et chaque maître, du travail de conquête de soi. Ainsi aussi du prétendu « intégrisme laïque », baptisé religion pour mieux l’évincer dans le champ de la relativité subjective et objective des options et opinions. Si la récusation du « retour aux valeurs » engage tout le propos que C.K. élabore en ce qui concerne l’instruction et la culture de soi, celle de l’intégrisme laïque engage, quant à elle, l’argumentation destinée à montrer l’absolue incompatibilité de la laïcité avec l’idée d’une religion civile - y compris bien sûr, l’obligation civile de l’athéisme. Le centre de l’affaire, nous l’avons vu, réside dans la disjonction du lien social et du lien politique ; mieux : dans la nécessité de la déliaison, du « déracinement » comme condition de l’institution d’un ordre politique. C’est là que le « point de virulence » est atteint. C’est que, si on suit cette disjonction - et on ne peut pas ne pas la suivre - alors s’effondre la majorité des certitudes omniprésentes, non seulement dans le discours public mais aussi dans les productions savantes contemporaines. Entre les identités, c’est à dire les différences, les racines, les traditions et autres appartenances, on ne sait plus si un homme est fourmi, arbre sans jambes vissé à sa terre nourricière ou membre de sa tribu. Il faut savoir gré à l’auteur de ne pas laisser passer l’occasion de citer Clermont-Tonnerre (p. 26) : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation ; il faut tout leur accorder comme individus ; il faut qu’ils soient citoyens ». A juste titre, C.K. souligne le caractère profondément libérateur de cette formule en ce « qu’elle proclame un devoir d’aveuglement qui suppose l’évacuation théorique de l’appartenance » ; elle ne recule pas à en fournir l’explicite conséquence : le droit et le devoir de s’aveugler aux Juifs comme nation auraient, sous Vichy, fait beaucoup de résistants. De Vichy à nos jours la conséquence est bonne : la citoyenneté est incompatible avec l’appartenance communautaire en ce que celle-ci ne saurait ni fonder celle-là, ni contribuer, à quelque titre que ce soit, à son institution.

Une bienfaisante inactualité

Citons enfin la bienfaisante inactualité des vues sur l’école : sa seule fin est d’instruire - ô Instruction Publique, et non Education Nationale ! C.K. commentant Condorcet permet de mesurer le sens des dénominations dévolues aux Ministères. Il est désormais bien nécessaire de rappeler une évidence : instruire n’est pas « informer », parce que l’instruction n’est rien moins que la « cultura animi ». Il faut donc être tombé bien bas pour croire que l’instruction ne serait pas, en elle-même et par elle-même, éducation. En expliquant pour quelles raisons l’instruction publique ne peut qu’être laïque, C.K. fait nettement apercevoir au moins deux points majeurs : d’abord, que le suspens à l’égard des fois et croyances, fait, a contrario, obligation d’enseigner ce qui est enseignable ! Or, les goûts et les couleurs, options et opinions ne le sont pas. Seul ce qui relève de la raison et de l’expérience mérite droit de cité dans l’enceinte d’une classe. Du coup, l’auteur n’a nullement tort de voir dans l’école une institution philosophique (et nullement un « appareil idéologique d’Etat » ainsi que Althusser la nommait ). « Les élèves présents à l’école ne sont pas des libertés constituées... mais des libertés en voie de constitution. L’école est une institution productrice de la liberté : on n’y vient pas pour consommer, ni même pour jouir de son droit mais pour s’autoconstituer comme sujet . » (p. 55).
Par là, la voie est ouverte pour dire beaucoup plus qu’un mot à propos de la récente trouvaille qui consiste, en France, à introduire l’enseignement du « fait religieux ». Alors que les humanités, lesquelles n’excluent nullement la « formation de l’esprit scientifique », «  font de l’exotisme un principe d’enseignement » (p. 64) « en mettant chaque esprit », par sa confrontation avec la singularité des oeuvres, « en demeure de rompre avec lui-même et de se constituer sur le deuil de ses certitudes familières », le fait religieux, quant à lui, n’a plus rien à voir avec des œuvres, mais seulement avec des phénomènes sociaux. La bien pensante justification de cette novation pédagogique renvoie à une conviction venue de la sociologie de Dürkheim en particulier : l’universalité empirique du phénomène religieux attesterait que c’est le « lien social » qui, partout, est sacralisé - et ne peut pas ne pas l’être croit-on. C.K. voit à juste titre dans cette sacralisation « la forme même du religieux » qui serait ainsi insufflée, à l’abri de l’abstention à l’égard de tout contenu dogmatique, textuel ou non. Aussi peut-elle vigoureusement écrire (p. 67) : « ..il deviendra bientôt impensable qu’une cité puisse avoir pour fondement autre chose que la sacralisation d’un lien, autre chose que des « valeurs communes »...La figure classique du théologico-politique, subreption du politique par la religion, est surclassée, dépassée par sa projection formaliste et totale : la subreption du politique par le religieux. »



Trois questions

Terminons par une triple interrogation.

1° La conviction centrale selon laquelle le lien politique est suspensif du lien social ne signifie-t-elle pas clairement le rejet de la démocratie au profit de la république ? Le terme « république » figure certes dans cet essai, mais n’est- ce pas la seule configuration qui mérite le titre d’ « association politique » ? Sans diaboliser la démocratie pour en faire la dictature de l’opinion, il appert nettement de la lecture de C.K. que la conjonction aléatoire de groupes sociaux dissout le « lien politique ».

2° Mais alors c’est la question du lien proprement républicain qui nous semble devenir problématique. Voici pour quelle raison : la démarche régressive qui remonte à la fondation transcendantale de la laïcité (seul mode possible de coexistence des libertés), découvre un sujet abstrait, qui est le sujet de droit. Or, ce dernier porte, si on peut dire, une double casquette en ce qu’il est à la fois, sinon le citoyen pourvu de ses devoirs et droits formels, en tout cas, sa matrice. Mais il est aussi le pur sujet pensant. N’y a-t-il pas là une sorte de court circuit entre un trajet régressif effectué, et un autre qui demeure implicite ? en d’autres termes, un court-circuit entre manifestation extérieure de la liberté de pensée et liberté propre de la pensée elle-même ? N’est-ce pas cette double casquette qui autorise le parallélisme, à notre sens tout à fait central dans l’économie de cet essai, auquel s’adonne C.K. p. 49 ? en écrivant que « de même que le peuple (souverain) livré à lui-même n’a pas d’autre instance que ses propres lumières pour conserver sa liberté », de même, « pour éviter l’erreur, n’avons-nous rien d’autre que nos pensées ».

3° Mais, en ce cas, n’est-ce pas à une double déliaison que nous assistons ? Pour accéder à la citoyenneté, condition du peuple souverain, il faut mettre hors circuit toute appartenance empirique ; inversement, la puissance publique ne garantit la libre coexistence des individus qu’en instituant pour chacun, le droit de n’être que lui-même. C’est la référence aux classes paradoxales (telles qu’exposées par J.C. Milner) qui étaie cette vue minimaliste du « lien politique » (pp. 41-42) : sa fonction revient, en somme, à permettre à chaque singularité que tous les autres lui « fichent la paix » avec leur possible bien-aimée communauté de ceci ou de cela ! Avouons que ce n’est, certes, pas rien, et qu’en toutes les circonstances de la vie extérieure, le péril n’est pas si éloigné, même dans notre présente « démocratie républicaine ».
Il nous semble voir là bien davantage que le cercle propre à la liberté extérieure : il faut de libres sujets de droit pour que la puissance publique, le peuple souverain, institue et garantisse les droits - tandis qu’inversement, il ne saurait y avoir de citoyenneté là où les droits, les libertés publiques, ne sont pas institués et garantis. Cela veut nettement dire qu’aucun « salut » n’est à escompter de la meilleure des configurations politiques : elle ne peut qu’être la moins mauvaise ! Le minimalisme revient à affirmer qu’on ne peut, au mieux, qu’espérer ne pas être broyé et empêché d’accéder par ses propres voies à l’autonomie. Ce qui serait platonicien, si l’école publique n’avait pas le rôle majeur de susciter la constitution des individualités en sujet. Ne faudrait-il pas, dès lors, pouvoir distinguer entre niveau proprement politique de la loi commune, et niveau civil ? Est-ce envisageable en étant installé dans l’atomisme ?

Comment le promeneur solitaire est-il possible ?

Quoi qu’il en soit, la hantise du « conglomérat-gros-animal » suscite un mouvement de bascule en direction radicalement opposée, d’où l’insistance sur les figures finalement équivalentes du « démon » et du « promeneur solitaire ». Ce qui nous conduit à conclure par une invitation à méditer l’original détour par Rousseau que l’auteur effectue (pp. 35 à 40).
Quant à nous, il nous semble que l’instauration continuée, c’est à dire la réactivation continuée par laquelle la volonté de chacun se métamorphose, selon Rousseau, en volonté générale, suppose les adjuvants esthétiques et moraux des fêtes, de la religion civile, et, parallèlement, de l’éducation négative. La difficulté, sans doute attestée par l’inachèvement du Contrat Social ne tient-elle pas au refus rousseauiste de la représentation ? Récusant la voie de Hobbes, d’un représentant instituant le représenté, Rousseau n’est-il pas contraint de superposer « social » et « politique » ? La difficulté qui consiste à tenir ensemble l’atomisme avec les métaphores totalisantes du « corps » civil ou social, paraît aggravée par la conviction rousseauiste que tout intérêt particulier de groupes particuliers, à quelque niveau de réalité qu’ils se situent, serait, à soi seul, ruine du corps civil. C.K. n’a sans doute pas tort de trouver en Rousseau de quoi effectuer le passage du moment transcendantal à sa continuation sous les espèces de l’éducation de l’homme et du citoyen, mais, contrairement à cet auteur, il ne nous paraît pas paradoxal de voir Rousseau jouer, de multiples façons, un moment « rationnel-émotionnel » (les fêtes, la religion civile) dans la mesure où ce philosophe assied la formation de la raison sur les passions, et réciproquement.

Acceptons volontiers la métamorphose que C.K. fait subir à l’individu anté-politique, anté-social, ce bestiau  errant dont Rousseau fait l’épouvantable portrait dans le Second Discours, en le transformant en « promeneur solitaire » ; ce sera là rendre hommage à la délicieuse défense du « droit d’être comme ne sont pas les autres », qui anime ardemment ce travail d’élaboration philosophique de la question Qu’est-ce que la laïcité ?

Edith Bottineau-Fuchs, 2007
(1) Edith Bottineau-Fuchs est professeur de philosophie (en classes terminales, hypokhagne et khagne). et enseignante bénévole : à « l’Ecole à l’Hôpital » - occasionnellement à la prison de Fresnes.
Du même auteur sur ce blog : Violences dans les établissements scolaires
; D'un prétendu "droit au respect"


Voir les autres articles du dossier :
Laurent Fedi "L'utopie laïque"
- CK Réflexions sur "L'utopie laïque" (réponse à L. Fedi)
- Leçon de clarté par Jean-François Rémond


issu du blog de Catherine Kintzler

Par deslilas10 - Publié dans : Culture
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Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /Juil /2007 11:01
Pour donner envie de lire Marc-Alain Ouaknin auteur de "Lire aux éclats", "Bibliothérapie", "C'est pourquoi on aime les libellules"... et d'une Anthologie des blagues juives avec son épouse Dorothée, voici un texte repris sur un article de Psychologie.com de 1998.

Marc-Alain Ouaknin, rabbin-philosophe :
" Mes dix commandements "
Véritable “obsédé textuel”, le rabbin philosophe nous offre une lecture très personnelle des tables de la loi. Un exercice de style, traditionnel dans le judaïsme, dans lequel ce n’est pas tant l’interprétation qui compte que l’invitation à la réflexion.
 
 
emarquable exégète de la Torah (les cinq premiers livres de la Bible) et du Talmud (commentaires de la Torah), Le rabbin Marc-Alain Ouaknin est aussi philosophe, poète, professeur de littérature comparée à l’université de Bar-Ilan à Tel Aviv, amoureux de Kafka et de Bobin, " encyclopédiste " de blagues juives et amateur de concepts psychanalytiques.

Grand questionneur devant l’éternel, Marc-Alain Ouaknin préfère les interrogations aux réponses dogmatiques. Véritable " obsédé textuel ", il vient de prouver qu’il excellait aussi dans la transmission orale. Pour preuve, le succès du cycle de ses conférences sur les Dix Commandements données cette année à la synagogue Copernic, à Paris. L’exercice a une tradition : dans le judaïsme, bien lire les textes sacrés revient à les questionner sans jamais se contenter d’une explication univoque. " Un texte qu’on va étudier 101 fois n’est pas le même que celui qu’on étudiera 100 fois. "

Chacune de ses conférences est donc le fruit de plusieurs semaines de déchiffrement des textes et de confrontation de ses découvertes avec celles des philosophes et des psychanalystes Comme dans la tradition hassidique, les blagues juives remplissent ici une fonction très sérieuse : " Elles visent à dénouer l’inconscient et à provoquer une “fracture neuronale” dans les schémas de pensée figés pour enfin entendre une parole différente ", explique-t-il.

Voici quelques moments clefs de ces conférences hors normes qui n’ont qu’une visée : dynamiser notre réflexion.
I. “Je suis l’Eternel, ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, d’une maison d’esclavage…”
D’emblée, le concept de liberté s’impose. " Si je suis à l’image de ce Dieu de libération, commente Ouaknin, je dois moi aussi produire de la liberté. Comment ? Par l’interprétation des textes, qui, loin d’être seulement une opération intellectuelle, permet justement d’inventer son histoire, de sortir de l’enfermement d’un destin, de ce qui est écrit. " Ce commandement est donc une invitation à être novateur dans l’action, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles formes de pensée notamment en abolissant les préjugés. " Il faut avoir la liberté d’inventer pour inventer la liberté ", écrit le Chrétien Paul Ricœur.
II. “ Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ”
Dieu, Elohim dans le texte original, signifie aussi en hébreu " institutions de justice ". " Ce que l’on considère ici comme du divin, note Ouaknin, est en rapport avec la justice. Autrement dit, Dieu ne s’atteint que par la relation juste, la relation éthique, c’est-à-dire la responsabilité et l’amour… Dieu ne s’atteint que par la relation aux autres hommes. Pour reprendre Emmanuel Lévinas, c’est " interdire à la relation métaphysique avec Dieu de s’accomplir dans l’ignorance des hommes et des choses ".
III. “ Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain”
Le verbe hébreu signifiant "prononcer" veut aussi dire "élever". Ce commandement peut ainsi se comprendre : "Tu n’élèveras pas le nom de Dieu si haut qu’il devienne vain. Une occasion de rappeler que Dieu ne doit pas être tenu loin des choses terrestres, consigné dans un Très-Haut inaccessible et perdant toute proximité avec les hommes. "Et ce sont notamment les institutions de justice qui permettent cette proximité, reprend Ouaknin. Nous sommes ramenés ici à la responsabilité, non pas de Dieu, mais des hommes. La question n’est donc pas de savoir où était Dieu pendant la Shoah, mais où étaient les hommes avec leurs institutions de justice et leurs règles morales."
IV. “ Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat ”
Traduction littérale : "Tu seras toujours en train de te souvenir de ce jour à venir." Ce commandement invite à une véritable éthique du futur. "A chaque moment de notre existence, explique Marc-Alain Ouaknin, il y a un espoir. Le Sabbat est ce jour de fin de semaine où l’on peut apprendre à regarder le monde de manière nouvelle, comme s’il apparaissait pour la première fois." Ecole du regard, de l’écoute, cette loi nous pousse à sortir de l’ornière des habitudes. Car "l’habitude nous déshabitue d’habiter l’essentiel".

Autre dimension invoquée : la responsabilité qui consiste à transmettre un monde viable aux générations futures. " Le Sabbat nous apprend à retenir les gestes qui pourraient être destructeurs. Dans le domaine de l’écologie, par exemple, respecter ce commandement revient à connaître les gestes qui protègent la planète où vivront nos enfants. " Pour Ouaknin, tel est d’ailleurs l’amour le plus absolu : " Aimer, ce n’est pas seulement aimer celui qui peut me rendre l’amour. C’est aimer celui qui n’est pas encore là et qui sera là quand j’aurais moi-même disparu. "
V. “ Tu honoreras ton père et ta mère ”
Reprenant, après le psychanalyste Daniel Sibony, la traduction littérale – " lourd ton père, lourde ta mère " –, Ouaknin interroge : " Qu’est-ce que “lourder” son père et sa mère ? C’est donner suffisamment de poids à leur histoire pour ne pas avoir à la répéter. " En respectant son parent pour ce qu’il est, en prenant en compte son histoire sans nécessairement vouloir réparer ce qui n’y a pas été accompli. Une proposition commune à la Bible et à la psychanalyse pour échapper à la névrose. En hébreu, ke av, " comme le père ", est le même mot que quéev, la " souffrance ". " A partir du moment où l’on est dans l’imitation du père, on est dans une douleur existentielle. "

S’inspirant de l’Œdipe de Sophocle, Ouaknin développe ce concept : "Au moment où Œdipe tue Laïos, tous deux se croisent au carrefour de trois routes, dans un “Y” qui évoque le sexe de la femme. Le père (par l’acte sexuel) et le fils (lors de sa naissance) empruntent le sexe maternel, explique Ouaknin. Et il y a inceste lorsque l’enfant emprunte le même chemin dans le même sens que le père. […] L’éducation juste d’un enfant, c’est l’aider à trouver son propre chemin, le sens de sa vie."
VI. “ Tu ne tueras pas ”
Rachi, le plus grand commentateur de tous les temps, ne dit strictement rien concernant ce commandement, remarque Ouaknin : " Un tel silence est déjà un commentaire en soi. Il nous invite à penser que le silence est le fondement même de la violence qui conduit au meurtre. " L’histoire d’Abel et Caïn le confirme : " Et Caïn se leva vers son frère Abel, ils étaient dans le champ, et il lui dit : “…”, et il le tua. " Un texte biblique où, entre des guillemets, il n’y a rien… ! J’en déduis que le fondement même de la violence, c’est soit l’incapacité de parler, soit le fait de parler en “enfermant” au lieu d’ouvrir au dialogue, au partage… "
VII. “ Tu ne commettras pas d’adultère ”
On apprend que l’adultère ne concerne pas seulement le rapport sexuel entre un homme, marié ou pas, et une femme mariée. " Ce qui est condamnable, c’est une forme d’amour vécu sans conscience ni responsabilité pour l’enfant qui pourrait advenir de cette relation. " Un enfant auquel on ne pourrait pas raconter son histoire, un bâtard, c’est-à-dire un mamzer : mam (le défaut) et zer (l’étranger). " Il y a là un défaut lié à l’étrangeté : l’enfant né de l’adultère se retrouve dans le mensonge à chaque fois qu’il prononce le mot “Papa”, explique Ouaknin. Dans la tradition hébraïque, le mensonge est une distorsion du lien généalogique, une maladie, un “mal-dit” de ce lien. […] La psychanalyse ne s’intéresse-t-elle pas aux non-dits captés par l’inconscient du sujet ? Etre, c’est notamment être raconté par la parole de ses géniteurs. Le septième commandement peut donc être entendu ainsi : “Ne fais pas souffrir l’autre en lui rendant impossible d’entendre sa propre histoire.” "

Ouaknin se met alors à raconter une blague juive. " Oui, prévient-il, l’humour fait aussi partie de la pensée... Un jour, monsieur Lévy va voir le rabbin. “Rabbi, je ne retrouve plus ma montre. Quelqu’un de la communauté me l’a volée. Comment puis-je découvrir le voleur ?
— Tu n’as qu’à aller à la synagogue au prochain sabbat et, à la lecture des dix commandements, observe bien le visage des hommes. Quand on prononcera à haute voix le “Tu ne voleras pas”, le coupable aura probablement l’air honteux et ainsi tu le reconnaîtras…”
Quelques jours plus tard, le rabbin rencontre monsieur Lévy : “Alors, as-tu récupéré ta montre ?
— Oui, rabbi.
— Est-ce grâce à la lecture du huitième commandement ? demande le rabbin.
— Non, mais quand on a lu les lois à haute voix, au commandement “Tu ne commettras pas d’adultère”, je me suis soudain souvenu : j’avais oublié ma montre chez madame Cohen !“ "
VIII. “ Tu ne voleras pas ”
En hébreu, le " vol ", le " rapt ", shod, est identique au mot shad, le " sein " de la mère. Ce commandement évoque les sevrages mal réalisés. Et Ouaknin d’analyser : " Un voleur, c’est quelqu’un qui veut retrouver le sein de sa mère. Quelqu’un qui n’a pas reçu de parole de séparation. Toute mère devrait dire : “Ceci est mon corps, ceci est mon sein et, bien que nous ayons fusionné pendant neuf mois de grossesse, bien que nous ayons eu un corps à corps symbiotique pendant l’allaitement, tu dois maintenant te séparer du sein.”L’enfant à qui l’on n’a pas donné cette parole sera toujours dans la volonté de retrouver cet objet perdu."

Cette loi évoque donc la nécessité d’une parole de maturation, seule capable de transmuer le désir d’avoir, de thésauriser, d’amasser, en désir d’être. "Eduquer quelqu’un, rappelle Ouaknin, c’est l’encourager, grâce à cette parole de séparation, à désirer être lui-même. Sinon, en le maintenant dans le seul désir d’avoir, on commet un vol, et pas n’importe lequel : le vol de l’être."
IX. “ Tu ne commettras pas de faux témoignage”
"Ce commandement est l’un des plus difficiles à suivre", prévient Ouaknin. Ce qui est à éviter ici : une parole qui cède aux cancans, qui "parle" sur les autres, qui enferme son prochain dans une catégorie alors que justement le "prochain", rea, se traduit par "celui qui est instable, changeant". "Aimer l’autre, c’est lui laisser la possibilité d’être toujours en évolution, triste un jour, gai un autre jour."
Pour Ouaknin, l’amour doit donner plus qu’il ne prend : " Regardez la différence entre le lac de Tibériade et la mer Morte : le premier reçoit les eaux du Jourdain et les reverse, les redonne. La mer morte, quant à elle, se remplit des eaux du Jourdain mais ne les redonne pas. Je définis le mortifère ainsi : quand je suis capable de recevoir, mais incapable de donner. "

S’impose alors l’histoire de David et Moshe, deux cousins très liés. Au moment de mourir, David appelle son cher cousin à son chevet et lui lègue sa fortune. " Cependant, lui annonce-t-il, je te demande une chose : va voir ma pauvre femme, donne-lui l’argent que tu veux et garde le reste pour toi. " Moshe exécute ses dernières volontés : il garde
3 millions de dollars et donne 30 000 dollars à la veuve. Mais, quelque temps après, celle-ci va voir le rabbin et se plaint du peu d’argent reçu. Le rabbin va parler à Moshe : " Moshe, qu’as-tu fait de la fortune de David ?
— J’ai fait comme il m’a dit, répond Moshe. David m’a dit : “Donne ce que tu veux et garde le reste pour toi.”
— Ce que tu veux ! s’exclame le rabbin. Qu’est-ce que tu veux, Moshe ?
— Eh bien, 3 millions de dollars !
— Alors, “ce que tu veux”, 3 millions de dollars, donne-le à la veuve… et garde “le reste”, 30 000 dollars, pour toi, dit le rabbin. Voilà ce qui est juste. "
X. “Ne convoite pas la femme, la maison, tout ce qui est à ton prochain”
La " femme ", la " maison " sont pour Ouaknin des métaphores du lieu originel. Ce commandement n’évoque pas seulement l’envie, la convoitise de biens extérieurs, mais renvoit à un désir existentiel de l’homme : le savoir sur sa propre origine. " Celle-ci nous est en effet toujours cachée : dans le jardin d’Eden, l’homme ne connaît pas l’origine de la femme, la femme ne connaît pas l’origine de l’homme. "

Reprenant les intuitions de la psychanalyste Marie Balmary, dans “le Sacrifice interdit” (1), Ouaknin évoque cette part d’" inconnaissance " de l’autre, ses zones cachées. " Le fameux arbre qu’on ne peut manger, dans le jardin d’Eden, représente cet autre. Or en préserver le mystère nous empêche de le dévorer. "
Mon prochain a toujours droit à cette part d’inconnaissance, car il n’est pas un objet. Or ce mystère, parfois douloureux, sur notre origine et cette part d’inconnaissance génèrent justement un puissant moteur dans nos vies : le désir… "

1- LGF, 1995.
ENTRETIEN :
“Je revendique l’athéisme métaphysique”
Vous avez récemment déclaré : " Je suis un rabbin athée, Dieu merci ! " (1) Un athéisme paradoxal ?
Je revendique " l’athéisme métaphysique " dont parle le philosophe Lévinas, dans “Totalité et infini” (2) : une forme de relation à Dieu qui n’est ni la voie mystique dans laquelle l’homme " monte " tellement vers Dieu qu’il s’annule dans le " Grand tout ", ni l’idolâtrie qui fait tellement " descendre " Dieu dans le monde des hommes que celui-ci devient une idole. Je propose une relation qui maintient une distance entre Dieu et l’Homme. Le texte, et l’interprétation des Textes, est justement le tiers grâce auquel on évite collusion et confusion.

Ce qu’on nomme aujourd’hui " spiritualité laïque " ?
Je me méfie du terme de "spiritualité laïque" s’il signifie le rejet de toute pratique. Le mot "foi" en hébreu renvoie essentiellement à la notion de fidélité. Ni religieux, ni laïc, je me situe dans la lignée de ceux pour qui la spiritualité est une recherche, un questionnement et une fidélité à ce qui leur a été transmis. Une référence pour moi reste Albert Cohen qui écrivait, à plus de 80 ans, dans ses “Carnets 1978” (3) : "Dès que je crois, je trébuche et je ne crois plus. Dès que je ne crois plus, je me relève et je veux croire."

Comment vivre cette spiritualité au quotidien ?
Par l’humilité, la générosité et le refus de l’égoïsme. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot " clef ", selon moi, c’est la bonté. Pas le bien, qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de " petit geste ". Car c’est là qu’est le véritable amour : dans les petits gestes.
(Propos recueillis par Pascale Senk)

1- In “L’Express” du 11 juin 1998.
2- LGF, 1990.
3- Gallimard, 1992.

Pour tout renseignement concernant le prochain cycle de conférences de Marc-Alain Ouaknin : Mme Hélène Attali. T. : O1.44.69.O4.37. ou 03.98.
A LIRE :
De Marc-Alain Ouaknin :
“Les Dix commandements"
La version écrite de ses conférences (Le Seuil, à paraître en janvier 1999).

“C’est pour cela qu’on aime les libellules”
Toute sa philosophie existentielle (Calmann-Lévy, 1998).

“Les Mystères de l’alphabet”
La mémoire de chacune des lettres de notre alphabet (Assouline, 1997).

“Symboles du judaïsme”
Commentaires et analyse des rites et mythes du judaïsme (Assouline, 1995).

“Tsimtsoum. Introduction à la méditation hébraïque” Histoire de l’hassidisme et de la mystique juive (Albin Michel, 1992).
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Samedi 28 juillet 2007 6 28 /07 /Juil /2007 08:36
"A Short History of Tractors in Ukrainian" de Marina Lewycka :a été une des meilleures ventes de livres en Grande-Bretagne en 2006.
Son livre a été traduit en plusieurs langues : suédois, norvégien, allemand, italien, hollandais, espagnol... mais pas en français.
Elle vient de publier un nouveau livre "Two caravans".
Avec humour et tendresse, elle décrit les aventures de réfugiés des ex-pays de l'Est qui tentent de se faire une place au soleil dans l'Eldorado britannique et sont confrontés aux dures réalités du capitalisme débridé et aux mafieux de toutes origines.
Ses livres ne sont toujours pas traduits en français.
Pourquoi ?


Ci-dessous l'article mis en ligne sur WIKIPEDIA

Marina Lewycka

From Wikipedia, the free encyclopedia

 
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Marina Lewycka (born 1946, Kiel) is a British writer of Ukrainian origin long resident in Sheffield, England.

Lewycka was born in a refugee camp in Kiel, Germany after World War II. Her family then moved to England where she now lives. She was educated at Keele University and is now a lecturer in media studies at Sheffield Hallam University.[1]

Her debut novel A Short History of Tractors in Ukrainian won the Bollinger Everyman Wodehouse Prize at the Hay literary festival, the Waverton Good Read Award 2005/6 and was short-listed for the 2005 Orange Prize for Fiction.[2] It has been translated into a number of other languages, including Dutch, Norwegian, Italian, German and Swedish.

Her second novel Two Caravans was released in February 2007.[3]

In addition to her fiction, Lewycka has written a number of books giving practical advice for carers of elderly people, published by the charity Age Concern.

[edit] References

[edit] External links

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