Vendredi 9 février 2007

Glucksmann, ou l'amour du grand homme

par Jean-Marie Laclavetine*

 

 

"Pourquoi je choisis Nicolas Sarkozy"... Voyons, Glucksmann, il n'était pas vraiment utile de le préciser. Vous partagez tant de choses avec lui. Ce n'est pas un choix : c'est une pente, c'est un destin. Comme Nicolas, vous êtes empli d'un immense amour de vous-même et des hommes forts. Vous avez vénéré Mao, vous admirez George W. Bush, vous auriez adoré Picrochole, fût-ce pour en faire la cible de vos fulgurantes diatribes.

Il y a trente ans, vous professiez votre enthousiasme pour la pensée du Grand Timonier, tandis que les pires sourds entendaient venir de là-bas la rumeur de massacres sans équivalent quantitatif dans l'histoire de l'humanité, nazisme compris. Votre petite erreur d'appréciation, reconnue bien des années plus tard, vous a rendu naturellement très regardant sur la question des droits de l'homme en Chine, et l'on comprend que vous tanciez Ségolène, qui manque un peu de virulence dans sa condamnation du régime de Pékin. Vous savez de quoi vous parlez.

J'ai passé ma vie, vous récrierez-vous, à combattre les tyrans : Saddam, Poutine... C'est vrai. Vous frappez à la tête, toujours. Vous n'êtes à votre aise que dans le voisinage fantasmé des puissants de ce monde, que vous vous plaisez à considérer comme vos interlocuteurs - pour les encourager ou pour les affronter en des joutes terribles.

Nous sommes désormais habitués aux combats menés pour la galerie cathodique par les titans de la pensée française. Moi et George Bush, moi et Saddam, moi et Sharon, moi et Bouteflika, moi et le Che, moi et le pape, moi et Fidel, moi et Mitterrand, moi et de Gaulle. Un peu comme Nicolas, en somme, ce Nicolas dont vous faites sans rire un descendant d'Hugo et de "la France du coeur", en référence sans doute aux Restos du même nom, où il envoie ses pandores effectuer des rafles, sûrs qu'ils sont de trouver autour des gamelles de soupe leur ration de sans-papiers ; ce Nicolas héritier de Jaurès qui prône la restriction du droit de grève et le démantèlement du code du travail ; ce Nicolas qui glorifie l'abbé Pierre tout en faisant cueillir par ses gendarmes des enfants trop foncés dans les salles de classe.

Mais tout cela, n'est-ce pas, se passe dans ce minuscule Hexagone que vos regards dédaignent.

Votre jeunesse s'est vouée à d'horribles idoles, cependant vos égarements passés ne vous empêchent pas de prétendre continuer à éduquer le peuple. Comme hier, il vous faut un puissant à aduler, un méchant à honnir, et des oreilles complaisantes pour y déverser vos vastes théories. La gauche française s'est misérablement "repliée sur l'Hexagone". Que n'a-t-elle pris exemple sur vous, qui arpentez d'un pas martial la planète en flammes ! On vous a vu, avec quelques-uns de vos camarades, parader devant les chars américains qui partaient écrabouiller une armée de gamins irakiens munis de pétoires, pour la plus grande gloire de l'Occident chrétien, dont vous êtes devenu un apôtre ardent (et pour le plus grand bénéfice des islamistes qui sont votre prochaine cible. Tremble, Oussama !).

Quelques années après, quelques dizaines de milliers de cadavres après, alors que l'Irak s'enfonce dans un chaos dont nul ne voit la fin, debout sur les ruines, vous continuez de vous féliciter de cet engagement : n'êtes-vous pas venu à bout de l'infâme despote ? Nous en reparlerons - pardon, vous en reparlerez - dans trois ou cinq ans : deux regrets, trois anathèmes, et quelque glorieux combat à proposer aux populations endormies. On est impatient de découvrir quel nouveau grand homme vous aurez choisi alors.

*Jean-Marie Laclavetine est écrivain.

Sources Le Monde

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Mercredi 7 février 2007

Une analyse du recours à l'histoire dans le discours politique publiée sur le site du Comité de vigilance du recours à l'histoire

http://cvuh.free.fr

Les usages de l'histoire dans le discours public de Nicolas Sarkozy


par Gérard Noiriel (EHESS)

Dans le discours qu'il a tenu à Poitiers le 26 janvier dernier, le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle s'est présenté comme l'héritier de Jean Jaurès et de Léon Blum. Cette « captation d'héritage » est une bonne illustration des formes que prennent les usages publics de l'histoire dans la France d'aujourd'hui. Le problème n'est pas tant que les politiques puissent « récupérer » les héros du passé pour tenter de grandir leur stature de présidentiable. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il est même constitutif de la mémoire politique. Dans ce type de compétition, en effet, les candidats ne peuvent espérer l'emporter que s'ils glanent des voix au-delà de leur propre camp, ce qui les incite à parler au nom de la nation toute entière en cherchant des références historiques consensuelles.


Jaurès plutôt que de Gaulle

Ce qui est inédit (à ma connaissance), c'est le fait que le leader de la droite ait pu se présenter publiquement comme l'héritier des chefs historiques de la gauche. Pour comprendre la fonction de ces références, il faut lire de près le discours de Poitiers. Ce qui frappe, c'est d'abord la faible place accordée à la Révolution française. Alors que jusqu'à une période récente, tout homme politique cherchant à présenter sa candidature comme un moment historique pour la Nation se situait dans le prolongement de cet événement fondateur, celui-ci n'est mentionné ici qu'une seule fois et encore, est-ce par le biais d'une citation de Napoléon Ier évoquant « l'achèvement de la Révolution ». Ensuite, ce qui étonne dans les références/révérences du discours de Poitiers, c'est la marginalisation du général de Gaulle, qui était pourtant la figure centrale des récits mémoriels de la droite dont l'UMP est l'héritière. Certes, le général est présent dans la galerie des glorieux ancêtres dont se réclame le candidat, mais il n'est cité que 3 fois, alors que Jean Jaurès est cité 7 fois !

Je ferai l'hypothèse que ce nouveau système de références historiques illustre les contraintes auxquelles les professionnels de la politique sont confrontés aujourd'hui, dans un monde où la « démocratie de partis » a cédé la place à la « démocratie du public » (pour reprendre les formulations du philosophe Bernard Manin). Soumis à la loi des sondages et des médias, le candidat à la présidentielle ne cherche plus à se situer dans le prolongement d'une tradition politique précise. Il n'a plus besoin de conforter la mémoire et l'identité collectives de son propre camp, en rappelant les luttes héroïques menées autrefois par les « camarades » ou les « compagnons », ce qui était auparavant indispensable pour mobiliser ses troupes en vue du combat politique à venir. Ce qui compte, désormais, c'est de peaufiner une image, en fonction des directives données par les conseillers en communication qui font partie du « staff » de campagne.

Mais ces conseillers, mauvais sociologues, ont commis une erreur dans la phase de « pré-campagne », en incitant leur chef à durcir son discours sécuritaire avec des mots comme « racaille », que l'ensemble des jeunes des classes populaires ont ressenti comme une insulte. Le candidat de la droite doit donc « recentrer » son profil (« j'ai changé ») et faire dans le « social » en se présentant comme l'héritier de la gauche.


Remarques sur la logique symbolique de panthéonisation des hommes politiques

Pour approfondir l'analyse sur l'usage de l'histoire de France dans ce discours, je dirais qu'il illustre la logique symbolique de la « panthéonisation ». Le candidat consacre les grands personnages qui ont pour fonction de le consacrer.

C'est, là aussi, un type d'usage public de l'histoire classique chez les professionnels de la politique. Comme l'a montré Maurice Agulhon dans ses travaux sur la symbolique républicaine, en France la logique mémorielle s'est toujours heurtée à une difficulté particulière, car les politiciens n'ont jamais pu se réclamer de « pères fondateurs » unanimement reconnus, comme George Washington ou Thomas Jefferson aux Etats-Unis.

En conséquence, lorsque la grande figure de référence que mobilisait l'un ou l'autre camp s'efface ou lorsque, pour des raisons de rivalités internes à son propre camp, le candidat ne peut plus se l'approprier aisément, comme c'est le cas ici avec le général de Gaulle, il n'y a plus de personnages historiques disponibles pour incarner le consensus national.

C'est la raison pour laquelle le candidat de l'UMP est contraint aujourd'hui d'intégrer dans son cercle des héros nationaux disparus, des figures venues de droite comme de gauche.

Le récit mémoriel a pour fonction de gommer leur appartenance partisane, pour persuader le public que leur qualité première tenait justement au fait qu'ils avaient su dépasser les limites de leur parti. C'est le principal critère qui permet au candidat de l'UMP de rassembler dans son Panthéon personnel des hommes politiques aussi différents que Napoléon, Jaurès, Clemenceau, de Gaulle, et même Mitterrand. La même logique est à l'oeuvre à propos des intellectuels et des écrivains puisque Charles Péguy, Marc Bloch (relu et corrigé par Pierre Nora) et Jean d'Ormesson sont évoqués comme références consensuelles.

Ce discours mémoriel a donc pour première fonction de convaincre le grand public que le candidat de l'UMP est le digne héritier de ces héros nationaux. Mais il a aussi pour but de fabriquer un consensus occultant les rapports de pouvoir et les luttes sociales. Le discours de Poitiers est une sorte de Disneyland de l'histoire dans lequel il n'y a que des gentils, des hommes bons. La « captation d'héritage » est aussi un détournement destiné a occulté le fait que les leaders du mouvement ouvrier, comme Jaurès et Blum, ont été avant tout des militants, au coeur des combats politiques de leur temps. Le candidat de l'UMP n'hésite pas à faire référence au Front Populaire : « J'ai cité Léon Blum parce que je me sens l'héritier de l'enfant qui en 1936 grâce aux congés payés jette sur la mer son premier regard émerveillé et entend prononcer pour la première fois le mot « vacances ».

Ce qui est suggéré dans cette citation, c'est que le leader de la SFIO et le chef du gouvernement du Front Populaire aurait « donné » deux semaines de congés payés aux ouvriers parce que c'était un homme bon et humain, qui voulait que les travailleurs voient la mer. Le fait historique qui est totalement oublié ici, c'est que les congés pays ont été un acquis du formidable mouvement de grèves de mai-juin 1936. C'est le résultat de la lutte des classes et d'une mobilisation sans précédent des ouvriers contre le patronat. Mais évidemment ce fait historique là, le candidat des milieux d'affaire est obligé de le passer sous silence puisque, dans le même discours, il dénonce explicitement « ceux qui attisent encore la lutte des classes ». Il faut reconnaître que les assistants qui ont écrit le discours du candidat ne manquent pas d'imagination. Dans leur récit, Georges Clemenceau, le ministre de l'Intérieur qui a envoyé la troupe contre les grévistes en 1907-1908, cohabite pacifiquement avec son plus farouche adversaire politique, Jean Jaurès, le directeur de l'Humanité, qui dénonçait le « premier flic de France » et le « briseur de grèves ».


L'anti-repentance et ses contradictions

Je voudrais m'arrêter un peu plus longuement sur un autre usage de l'histoire qu'illustre le discours de Poitiers. Il concerne le thème de l'anti-repentance. Le candidat à la présidentielle écrit en effet : « Je veux dire à tous les Français que nous sommes les héritiers d'une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d'être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation ». Ce propos doit être relié à celui qu'il avait tenu peu de temps auparavant (14 janvier 2007) : "Au bout du chemin de la repentance et de la détestation de soi, il y a, ne nous trompons pas, le communautarisme et la loi des tribus".

Nous voyons là s'esquisser un thème de campagne que le candidat de la droite cherche à utiliser pour discréditer le camp d'en face, en affirmant : « Ce que je sais, c'est que la gauche qui proclame que l'Ancien régime ce n'est pas la France, que les Croisades ce n'est pas la France, que la chrétienté ce n'est pas la France, que la droite ce n'est pas la France. Cette gauche là je l'ai accusée, je l'accuse de nouveau de communautarisme historique ».

Ce passage est particulièrement intéressant à décrypter si l'on veut comprendre comment les politiciens utilisent aujourd'hui l'histoire dans leur propagande et les contradictions auxquelles ils se heurtent (ou risquent de se heurter). Tout d'abord, on constate que l'anti-repentance est l'une des principales grilles de lecture qu'utilise le candidat pour « repenser » l'histoire de France. Par exemple, dans le passage où sont évoquées les persécutions dont ont été victimes Léon Blum et Georges Mandel, il n'y a pas un seul mot pour souligner les responsabilités du régime de Vichy et de la milice. Les seuls coupables explicitement désignés, ce sont les agents de la Gestapo ! Finis les discours sur les mauvais Français et sur la responsabilité de l'Etat français. On a le sentiment d'en revenir à une histoire pré-paxtonienne (et aussi pré-chiraquienne) de Vichy.

C'est aussi la logique de l'anti-repentance qui conduit le candidat non pas à ignorer la colonisation, mais bel et bien à l'assumer. Le discours de Poitiers revient, d'une manière indirecte, à l'affirmation du « bilan positif » de la colonisation (même si le mot n'est jamais employé), en affirmant que nous devons être fiers des croisades et en plaçant le maréchal Lyautey au coeur d'un Panthéon dans lequel ne figurent aucun Français issu de l'immigration ou des peuples colonisés.

Une autre lacune montre clairement où mène le discours anti-repentance. C'est l'absence totale des figures féminines dans la galerie des héros dont se réclame le candidat de l'UMP. Nous avons ici une illustration limpide des analyses de Michèle Riot-Sarcey sur l'absence des femmes dans la mémoire des hommes politiques de ce pays. Au-delà de l'effet anti-repentance, on peut penser que, dans le contexte de la présidentielle 2007, le candidat UMP a jugé stratégiquement préférable de souligner les attributs virils de Marianne.


Un nouveau concept : le « communautarisme historique »

Dans le passage consacré à l'anti-repentance, on constate aussi que le candidat UMP a forgé un nouveau « concept », inconnu jusqu'ici des historiens, celui de « communautarisme historique ». Je doute qu'il laisse sa marque dans l'histoire de la pensée, mais ce n'était pas le but visé par son auteur. Il s'agissait de marquer l'opinion, en utilisant des formules choc. Il faut se souvenir, en effet, que dans un monde dominé par les sondages, ce ne sont pas les arguments rationnels qui comptent, mais les formules permettant de conforter le sens commun en jouant sur des réflexes et des associations d'idées. La mise en équivalence entre gauche et communautarisme se fait ici grâce à toute une série d'amalgames dont la fonction principale est d'imposer l'idée que la gauche représente l'anti-France. Ce type de rhétorique n'est pas vraiment nouveau, lui non plus. A partir du moment où l'un des deux camps du champ politique se présente comme le représentant de la France toute entière, par définition le camp adverse doit être assimilé à l'anti-France.

Dans le langage polémique actuel, les ennemis de la République et de la France, ce sont les « communautaristes ». Ce terme ne désigne plus rien de précis et fonctionne comme une insulte ou un stigmate très efficace pour discréditer des concurrents. Le simple fait de rappeler que la politique est toujours un enjeu de luttes, qu'elle est fondée sur des rapports de force ; le simple fait de rattacher un programme politique à la tradition de pensée dont il est issu, peut donc désormais être vu comme un délit de « communautarisme historique ».

En utilisant ce type d'anathème pour discréditer ses adversaires politiques, le candidat de l'UMP persiste dans la même rhétorique que celle qu'il avait déjà mobilisée lors des violences de novembre 2005. Parler de « communautarisme historique » pour disqualifier ceux qui défendent la posture de la repentance, c'est la même chose que dénoncer la « racaille » dans les conflits sociaux. C'est utiliser des références propres à un domaine, pour les plaquer sur un autre. Dans les deux cas, il s'agit de criminaliser des points de vue concurrents pour mieux les discréditer.

Le candidat fait beaucoup d'efforts pour persuader les citoyens qu'il a changé depuis novembre 2005. Mais sa manière d'argumenter montre le contraire. Au-delà de la personne elle-même, ces constantes s'expliquent par les contraintes qui pèsent aujourd'hui sur l'action politique. Pour mobiliser son électorat, le candidat de la droite doit utiliser un vocabulaire et des références que j'appelle national-sécuritaires. Dans le discours de Poitiers, on voit parfaitement le lien entre la dénonciation de la repentance et la stigmatisation de l'immigration. Comme j'ai tenté de le montrer dans un livre à paraître 1, depuis les débuts de la IIIe République, le discours de la droite républicaine sur l'immigration reproduit toujours la même argumentation. On la retrouve intégralement dans le discours de Poitiers. Le candidat de l'UMP commence par rappeler son attachement aux « droits de l'homme ». Ensuite, la « chasse aux clandestins » est présentée comme une mesure destinée à défendre les immigrés eux-mêmes contre « les marchands de sommeil et des passeurs sans scrupule qui n'hésitent pas à mettre en danger la vie des pauvres malheureux dont ils exploitent la détresse ». Enfin, nous arrivons au coeur du propos, qui énumère la longue litanie des stéréotypes du moment sur les immigrants, visant à dénoncer ceux « qui ne respectent pas nos valeurs » ; « ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l'excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs soeurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s'habille comme elle le souhaite ».

Ce discours national-sécuritaire a pour fonction de mobiliser l'électorat clairement positionné à droite, mais il ne permet pas d'imposer l'image du rassembleur « qui a changé ». C'est la raison pour laquelle, il fallait procéder à une sorte de provocation mémorielle, en se référant à Jaurès et à Blum, pour alimenter la chronique politique sur le thème du « changement ».





Note :

1. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle), Paris, Fayard, mars 2007.


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Mardi 6 février 2007
Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt »


Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.
Cet appel est lancé par le mensuel "Alternatives économiques".
Si vous voulez le signer, utilisez le lien ci-dessous
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Dimanche 28 janvier 2007
La démocratie doit tendre vers son plein accomplissement !

Par Edgard Pisani

Ancien Ministre

Ancien Haut Commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie

Tribune parue dans Le Monde

www.vivelarevolte.com

La démocratie est menacée ; moins par les dictatures que par des pratiques qui lui font perdre son génie. Etat de droit garantissant la liberté et l'égalité des citoyens, fondé sur l'élection populaire, alimenté par le libre débat, rythmé par l'alternance de forces qui sont d'accord pour travailler ensemble malgré leurs désaccords, elle est civilisation.

Les crises afghane et irakienne partent, l'une et l'autre, de transplantations que l'on a justifiées en proclamant que la démocratie est, en soi, un remède au sous-développement, à la guerre civile, à la dictature, alors que, plus que la source de la paix et du progrès, elle en est l'objectif et le couronnement. On a lancé un processus mécaniste alors que la naissance et l'épanouissement de la démocratie obéissent à des lois biologiques. Il n'est pas de vraie démocratie qui ne soit autochtone.

Observons la Russie, qui, adoptant par mimétisme les principes républicains, connaît aujourd'hui encore les nostalgies de l'autorité et les spasmes d'un accouchement douloureux et incertain. Observons l'Afrique, où des indépendances âgées d'un demi-siècle n'ont pas toujours donné naissance à la paix et à la prospérité. Soyons attentifs à l'évolution de la Chine, où chaque jour nous révèle la difficile naissance de la liberté. Allons en Amérique du Sud, au Mexique par exemple, où des indépendances séculaires parviennent mal à mettre sur pied des régimes accordant la libre expression aux réalités culturelles, sociales, ethniques, nationales. Seule l'Inde parviendra peut-être sans drame à une vraie démocratie associant unité et diversité dans un pays-continent.

Arrêtons-nous un instant dans ce Moyen-Orient, sur lequel le malheur semble s'acharner. Région majeure de l'islam, il est tiraillé entre les prescriptions du Prophète et les attentes de populations qui, souvent très évoluées, aspirent à la réforme, à la Nahda - la renaissance intellectuelle - reconnaissant aux croyants un libre accès aux Ecritures que les clercs entendent interpréter seuls. Et lorsque, d'aventure, le peuple palestinien élit dans l'ordre son Assemblée nationale, un voisin peut, sans être condamné par la communauté internationale, intervenir parce que la majorité élue ne lui convient pas !

Prétendant détenir les secrets de la démocratie et, donc, du bonheur civique, l'Occident peut-il se donner en modèle quand les campagnes pervertissent l'élection et quand le débat parlementaire y est plus souvent un affrontement qu'une recherche contradictoire ?

Nous venons d'avoir ou avons sous les yeux les campagnes électorales de deux des pays fondateurs de la démocratie. Aux Etats-Unis comme en France, médusés, amusés, irrités, complices, les citoyens ont assisté ou assistent à une campagne où le spectacle a le pas sur l'argument. Or si celui-ci ne coûte guère, celui-là demande des moyens financiers qui dépassent de beaucoup les avoirs ou les revenus des candidats comme les cotisations des militants. On ne peut donc s'empêcher de penser que des moyens ont été fournis qui risquent de ne pas être désintéressés. Les ressources dont on accuse trop aisément les élus ne leur profitent pas personnellement, elles représentent le coût d'un spectacle désormais inévitable.

Mais il y a pire : telles qu'elles se déroulent sous nos yeux, les campagnes sont des joutes, elles ne sont pas de vrais débats, elles tendent à séduire hic et nunc l'électeur plus qu'elles ne cherchent à convaincre le citoyen ou à répondre vraiment aux besoins et attentes de la société et des personnes humaines qui la composent. A les suivre, on ne peut pas ne pas se dire qu'il ne s'agit plus d'opposer des voies et moyens qui, différents, tendent à réaliser le même "bien commun", mais plutôt de deux biens communs incompatibles.

Dans la bataille électorale et le débat parlementaire, les élus ne cherchent pas ensemble, chacun cherche contre l'autre. Or il est clair qu'en leur état présent, l'Amérique et la France ont des problèmes qui, aussi différents soient-ils, ne pourront, ni ici ni là, être sagement résolus par une majorité contre une minorité. Ils ne peuvent l'être que par une médiation entre intérêts et points de vue différents. Ainsi la guerre d'Irak, ainsi notre faible croissance.

La démocratie doit tendre vers son plein accomplissement : elle est débat et non mise à mort, elle est alternance et ignore toute lutte finale, elle est règle de droit pour la nation comme pour l'individu, elle est civilisation humaine trop humaine qui doit être administrée comme un être qui, de chute en chute, est indéfiniment perfectible.

Edgard Pisani
 
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Dimanche 28 janvier 2007

Extrait du blog de Jean-Pierre Chevènement

Chevenement.fr - le blog de Jean-Pierre Chevènement

Un as du barreau : derrière la paille des mots, le grain des choses

Que M. Sarkozy soit un talentueux démagogue ne devrait surprendre personne. Il en fait tous les jours la démonstration. Il a prévenu son camp : « je vais m'adresser à l'autre, à l'électorat de gauche. Ne prenez donc pas à la lettre ce que je réserve à ces gogos ».



 

  • Il défend en paroles la valeur du travail, mais la logique du capitalisme financier dont il est le candidat impose à nos entreprises rentabilisation à outrance, restructurations, délocalisations, licenciements, compression salariale, précarisation du travail.
  • Il propose aux Français de gagner plus en travaillant plus, mais que vaut ce slogan quand manque l'offre de travail ? Il se garde bien de mettre en cause la logique déflationniste des politiques européennes et pas davantage la concurrence faussée des pays à très bas salaires.
  • Il défend « les petits patrimoines, fruit du travail », mais propose un « bouclier fiscal » destiné à exonérer les très grandes fortunes et ceux dont le taux d'imposition sur leur revenu dépasse 50 %.
  • Il se veut le parangon de la République, mais, hier, il proposait à la Corse un statut dérogatoire qui aurait livré l'île aux mafieux, statut dont nos concitoyens de Corse, attachés à l'égalité de tous devant la loi, n'ont pas voulu. Il flatte tour à tour toutes les communautés, exacerbant ainsi les communautarismes. Dans un livre récent sur les religions, il proposait de revoir la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, sous prétexte que les œuvres religieuses pouvaient calmer le jeu dans les quartiers aussi bien que les clubs de foot subventionnés.
  • Il se réclame de la Résistance et du gaullisme, mais il s'excusait hier à Washington de « l'arrogance de la France » refusant au Conseil de Sécurité de s'associer à l'invasion de l'Irak.
  • Il qualifie aujourd'hui celle-ci de « faute », quand M. Lellouche révélait hier qu'il était le seul ministre à s'en être déclaré partisan.
  • Il prétend faire la synthèse de l'Ancien Régime et de la Révolution : Curieuse conception de la République qui se définit, au plan philosophique et juridique, comme une rupture radicale avec l'ordre des privilèges garantis par le droit divin !

    M. Sarkozy, avocat de profession, peut défendre toutes les causes avec talent. Nos
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